Tours

PRESIDENTIELLE : Prise de température avec les socialistes de Tours

Ils organisaient une « Support Party » mardi pour suivre le débat avec Benoit Hamon.

On aurait pu le croire parti soutenir Emmanuel Macron comme l’a fait Manuel Valls, le candidat qu’il supportait à la primaire en janvier, mais non : le socialiste Nicolas Gautreau est bien venu se montrer au centre de vie du Sanitas de Tours ce mardi soir. Il n’est pas resté pour regarder le débat, mais il était là, et c’est le genre de geste qui compte dans cette campagne présidentielle où l’on feuilletonne les ralliements des uns vers les autres. Malgré ses fortes et incontestables divergences, le Parti Socialiste tient encore et ici les différents courants se parlent, de manière plutôt amicale d’ailleurs. L’idée étant d’assurer un socle cohérent derrière Benoit Hamon pour montrer qu’il a sa place dans le paysage politique (à défaut d’accéder au second tour de la présidentielle où nombre d’observateurs et de sondages ne l’imaginent pas).

Comptant pour la campagne (la location de la salle sera ajoutée au budget), mais essentiellement organisée pour réunir des militants et sympathisants (souvent jeunes) devant un même écran, la soirée organisée ce 4 avril était ainsi un temps fort. Ils étaient une bonne vingtaine à prendre place dans une ambiance de salle de cinéma pour regarder le premier débat à 11 candidats de l’histoire de la Vème République. Une soirée télé de près de 4h, alimentée par des petits plats confectionnés par les socialistes. L’occasion de prendre la température à moins de 3 semaines du scrutin…

En Touraine ces derniers jours, l’actualité du parti de la rose a été chargée : Yannick Jadot (ex candidat des Verts rallié à Benoit Hamon) et Noël Mamère sont notamment venus faire des réunions publiques. Vendredi, le « Hamon Tour » sera dès 9h du matin à la fac des Tanneurs pour tenter de convaincre les étudiants… Sur les marchés, les petites mains du PS sont bien présentes pour distribuer des tracts et organisent aussi quelques missions porte à porte… Enfin, sur Internet, un site web propose aux électeurs de simuler le montant du revenu universel qu’ils pourraient toucher en fonction de leurs revenus actuels, et ce afin de faire (de manière originale et participative) la promotion de la mesure phare du candidat de la gauche à l’Elysée.

Tous ces ingrédients mis bout à bout sont censés montrer qu’il y a une dynamique derrière le vainqueur de la primaire. Selon certains responsables socialistes, les Tourangeaux qu’ils croisent n’y sont pas insensibles : « c’est une des campagnes les plus faciles que j’ai faite, on ne sent pas de rejet » souligne le N°2 de la Fédération tourangelle du PS Franck Gagnaire (oui, nous aussi on a écarquillé les yeux à ce moment précis). Pourquoi dit-il ça ? « J’ai l’impression que l’on n’est pas encore vraiment rentré dans la campagne sur le fond des idées. Les affaires et les ralliements ont monopolisé l’attention et Benoit Hamon n’a pas pu insister sur son programme, il a passé son temps à commenter tout cela. »

Ce qui a notamment usé beaucoup du temps de parole de l’ancien ministre de l’éducation, c’est tout le psychodrame autour de l’éventuelle alliance avec Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, l’équipe de campagne de Benoit Hamon doit s’attacher à montrer les différences entre les deux hommes : « ils en ont sur l’Europe et le monde » souligne Franck Gagnaire, en insistant sur le fait que la question européenne pousse nombre d’électeurs à s’interroger et fait partie des grands thèmes de cette présidentielle.

Clairement, la mission du PS (et des Verts, le candidat EELV aux législatives à Tours Christophe Dupin était là aussi mardi soir) c’est de faire émerger son candidat entre un Mélenchon en pleine forme et la fusée Macron qui court loin devant. Trouver une place « entre le vote utile (Macron) et le vote à gauche (Mélenchon) » analyse Franck Gagnaire. Son argument : « Benoit Hamon est plus novateur qu’on ne le dit, plus novateur que Macron par exemple. Il veut repenser l’organisation du travail et de notre modèle social en anticipant la fin du salariat. »

« Son revenu universel a été caricaturé mais c’est tout simplement la sécurité sociale du XXIème siècle » s’enthousiasme un ancien élu, Alain Dayan, et deux jeunes du MJS, « il va rendre du pouvoir d’achat aux Français et finira par rapporter plus à l’état que ce qu’il coûtera grâce au regain de consommation. C’est la seule réponse aux problèmes de la France, du chômage… Une solution pour vivre dignement. Plus généralement, avec Benoit Hamon c’est le moment de faire la transition sociale et écologique quand les autres candidats veulent repousser les échéances et proposent des solutions brutales. »

Oui, mais… Secrétaire général de la section socialiste tourangelle, Francis Gérard est plus critique sur la façon d’être de Benoit Hamon dans cette compétition électorale : « c’est difficile, il est trop raisonnable… Il voudrait s’adresser au peuple mais il ne le fait pas assez. » Selon l’élu de Joué-lès-Tours, le spectre d’une élimination de la gauche dès le premier tour comme en 2002 a de grandes chances de se reproduire le 23 avril prochain : « on n’a pas analysé ce qu’il s’est passé il y a 15 ans… » Mais il ne va pas jusqu’à reprocher au candidat d’avoir échoué dans sa mission de rassemblement de la gauche : « on ne peut pas faire en deux mois ce que l’on a pas réussi en 10 ans. »

Olivier COLLET