Tours

Deuxième tram de Tours : « il faut relier les lieux de vie »

La ligne B est prévue pour 2024 et les études préparatoires sont toujours en cours. Il y a ceux qui s’impatientent, ceux qui s’agacent, et ceux qui espèrent.

« Aller vite pour se planter, cela n’a pas d’intérêt » : l’avertissement est signé Frédéric Augis, vice-président de Tours Métropole en charge des transports. En ce moment, il passe son temps à tenter de calmer les ardeurs autour de lui. D’un côté, il explique aux pressés qui veulent découvrir le tracé de la seconde ligne de tram de Tours qu’il faut encore attendre parce que les études sont en cours, et de l’autre il doit faire en sorte de se mettre à dos le moins d’élus possible sachant qu’ils sont nombreux à vouloir des rails dans leurs rues mais qu’il n’y en aura pas pour tout le monde, en tout cas pas tout de suite.

Jeudi dernier, à l’invitation de l’ADTT (Association pour le Développement du Transport collectif en Touraine, qui a un nouveau site à voir ici), celui qui est aussi maire de Joué-lès-Tours a fait un point d’étape sur l’avancée du dossier tram : « je ne ferai pas d’annonce ce soir » a-t-il prévenu. Mais en lisant entre les lignes, on comprend quand même bien où l’agglo veut en venir.

Déjà, il est clair que cette seconde ligne de tram parait nécessaire à une écrasante majorité d’élus et de citoyens qui s’appuient sur le succès de la ligne A : « on attendait 53 000 voyageurs par jour 3 ans après l’inauguration, on en a 65 000 et même un pic à 70 000 le 10 novembre dernier. C’est un record national si peu de temps après une ouverture. » Ce qui donne du grain à moudre à Frédéric Augis pour dire qu’il faut bien étudier le futur tracé afin qu’il puisse séduire un maximum de voyageurs, pour ne pas se retrouver avec un tram à moitié vide : « il y a une véritable démarche sur l’intérêt d’un tram à un endroit et pas un autre. On ne fait pas ça en fonction des chapelles. »

Les 22 maires de Tours Métropole ont donc été consultés, « même ceux de Druye ou Berthenay car leurs habitants peuvent se rabattre sur le tram via un parking relais pour entrer dans l’agglo. On a aussi demandé à chaque commune quel était son plan de développement à 10, 15 ou 20 ans et de penser à aménager la voirie pour prévoir le passage des transports en commun de demain. »

Après avoir voulu relier les quartiers prioritaires avec la première ligne (Beffroi, Sanitas, Rabière…), l’objectif du tram B sera « de relier les lieux de vie, les universités, les hôpitaux, les lieux de loisirs et de sport » indique Frédéric Augis, ce qui fait clairement pencher la balance vers l’axe dont tout le monde attend l’officialisation et que personne ne dément : Bretonneau-Trousseau, donc une ligne entre deux hôpitaux via le Boulevard Jean Royer (et le futur quartier des casernes, avec son Centre Chorégraphique, sa proximité avec l’université), Verdun, le Centre Aquatique du Lac, le campus Grandmont et Chambray-lès-Tours, commune en plein développement.

« On a dû voir 62 possibilités de fuseaux dans les études » poursuit Frédéric Augis dans son explication, indiquant que beaucoup d’entre eux ont vite été abandonnés en voyant qu’un tram était bien trop compliqué à faire passer dans un endroit comme la Rue Edouard Vaillant, étroite et truffée de ponts. L’idée est aussi de faire un tram rapide, donc qui ne fasse pas trop de détours, afin de ne pas décourager les usagers. Un exemple : desservir le quartier des Fontaines de Tours Sud parait sur le papier une bonne idée mais cela fait faire un grand cercle à la ligne, rallongeant d’au moins 5-7 minutes un trajet du centre de Tours à Trousseau.

Pour pallier à ce problème, Tours Métropole réfléchit donc au moyen de créer, en complément du futur tram, un réseau de bus qui permettrait de rejoindre les stations de manière efficace. Ses bases pourraient être créées dès 2019 avec la mise en service d’un nouveau réseau Fil Bleu : « on sait bien qu’on ne mettra pas le tram partout mais les BHNS (Bus à Haut Niveau de Service) ça existe aussi » (comme ceux de la ligne 2 actuelle). Avec un inconvénient : un bus ça fait du bruit et quand il y en a trop, les riverains râlent. L’autre solution consiste à privilégier ce que l’on appelle « l’intermodalité », c’est-à-dire faire un trajet avec plusieurs moyens de transport (voiture-tram ou vélo-tram par exemple), « pour cela il faut créer plus de parkings relais près des arrêts pour inciter la population à s’y arrêter au lieu d’entrer dans Tours. »

Et puis bien sûr, il y a la donnée du coût à prendre en compte. Dans son dossier consacré à Tours cette semaine, le magazine Le Point évoque un investissement de plus de 300 millions d’euros (ouch ! quand on sait que la première ligne c’était 100 millions de plus, centre de maintenance compris). C’est là que l’ADTT entre en scène. L’association, qui travaille régulièrement avec les élus, privilégie elle la création d’une ligne A bis, allant seulement de Verdun à Trousseau dans un premier temps, avant la création d’un véritable réseau qui relierait à la fois St-Pierre-des-Corps, sa gare et son quartier de la Rabaterie, à La Riche avec un système d’aiguillages qui permettrait aux trams d’aller par exemple de St-Pierre à La Riche, puis de La Riche à Chambray, ou de Chrambray à Tours Nord…

D’autres pistes sont à l’étude comme un raccordement du tram à l’aéroport (alors qu’il suffirait de créer un système de navettes électriques type « Citadine » qui coûterait 100 fois moins cher…), un tram qui irait jusqu’à la D943 au sud avec la création d’un grand parking relais pour capter les automobilistes en provenance du Lochois, ou encore une prolongation au sud du Lycée Jean Monnet de Joué-lès-Tours pour rejoindre ensuite un tram-train desservant la Vallée de l’Indre. On peut encore citer des propositions de bus rapides vers la clinique Vinci de Chambray ou au Nord vers St-Cyr-sur-Loire…

Bref il y a des envies d’un côté, et des priorités de l’autre. A voir comment les deux réussiront à se concilier alors que St-Pierre-des-Corps se sent par exemple déjà laissée pour compte entre la chance infime d’être desservie par le second tram et la léthargie du projet de réinstallation d’une navette ferroviaire vers la gare de Tours, « en plus on a déjà dimensionné les rues et préempté les terrains pour un tram » déplorait un Corpopétrussien dans la salle, proposant un axe desservant la Rabaterie, mais aussi les Atlantes ou le parc expo (qui font bel et bien partie des « lieux de vie » de l’agglo). Jeudi soir, Frédéric Augis a promis une concertation avec la population avant les travaux qui doivent débuter en 2019 et l’inauguration programmée à l’horizon 2024. On y verra donc plus clair d’ici au second semestre de cette année 2017.

Olivier COLLET

Et le train ?

La réunion de l’ADTT a aussi été l’occasion de remettre sur le tapis le projet de liaison ferroviaire rapide entre La Riche et La-Ville-aux-Dames via une nouvelle gare à Verdun et un arrêt à St-Pierre-des-Corps. Depuis des années, de nombreuses voix s’élèvent pour ne trouver que des avantages à cet axe de transport est-ouest qui ne nécessiterait semble-t-il pas d’énormes aménagements. Sauf que la SNCF semble totalement sourde. Quant à la création d’un téléphérique, elle ne semble clairement plus faire partie des idées les plus en vue à Tours Métropole.