Tours

Kajanthan Gugananthan, nouvel espoir du cinéma tourangeau

Ses courts-métrages commencent à être remarqués.

« Ma mère me disait souvent que, petit, elle me laissait régulièrement devant un film, que j’étais tout de suite à fond dedans » raconte aujourd’hui Kajanthan Gugananthan, jeune réalisateur tourangeau de 23 ans. Avec son beau sourire mais une grande réserve que l’on décèle vite sur son visage, il refait le film de sa vie pour nous expliquer que le cinéma a toujours fait partie de son existence, jusqu’à jouer aujourd’hui l’un des premiers rôles dans son quotidien...

Kajanthan Gugananthan est arrivé à Tours au moment d’entrer à l’école. Né à Paris, c’est le fils d’un couple de Sri Lankais qui s’est enfui d’un pays en guerre. Mais ses origines asiatiques ont inspiré son éducation culturelle : « le cinéma, c’est une passion depuis que je suis tout petit. Mais pas les Disney, plutôt les films indiens. Ce n’est pas forcément un cinéma que j’affectionne en tant que réalisateur mais ça fait partie de mon éducation. Ils inculquent des valeurs de solidarité, dans la famille ou en amitié. Et là-bas, les stars sont considérés comme des dieux vivants »

Habitant du Sanitas, passé par l’école Diderot, le collège Michelet puis les lycées Grandmont et Descartes (où un prof d’histoire cinéphile avec qui il est toujours en contact l’a poussé à mettre en place des ateliers cinéma), Kajanthan Gugananthan est aujourd’hui étudiant à la fac des Tanneurs, en deuxième année de sociologie : « c’est un domaine qui m’affectionne particulièrement, j’ai envie de découvrir d’autres cultures, d’autres façons de vivre. J’ai besoin de savoir comment les personnes réagissent et pourquoi. » Un cursus qui nourrit sa curiosité insatiable tout comme ses voyages « au Sri Lanka, en Inde, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Pologne... »

A force de vécu, Kajanthan Gugananthan a manifestement eu envie de mettre à profit ses connaissances et ses expériences culturelles pour faire du cinéma : « à la base je comptais devenir ingénieur mais ce n’était pas fait pour moi. J’ai donc commencé à avoir envie de devenir réalisateur vers mes 17 ans. Une amie m’a fait me rendre compte que j’adorais raconter des histoires. Je partais d’une phrase et je tournais tout un récit autour de ça. »

L’adolescent qui s’est en parallèle intéressé de plus près au cinéma européen, français, américain ou coréen, admire Christopher Nolan pour « son ton cynique et ses films sombres » ou Ken Loach « pour son côté social et humain », met tout de même du temps à décoller : « j’ai fait mon premier court métrage à 20 ans pour un concours parisien. Ca s’appelait Foam et je l’ai écrit avec une amie. »  

Un galop d’essai suivi d’une quinzaine d’autres, notamment dans le cadre du 48h Film Festival de Tours (dont une nouvelle édition est d’ailleurs prévue en ce premier week-end d’avril, toutes les infos par ici). « Je pensais faire des merveilles et je me retrouve confronté à des gens qui ont plus d’expérience, ça n’a pas été facile » se souvient Kajanthan Gugananthan. Il fait néanmoins la connaissance d’Alex Guéry des Loups Blanc avec qui une collaboration a fini par naître, sous l’impulsion du réalisateur tourangeau qui a relancé son nouveau poulain à plusieurs reprises pour l’avoir à ses côtés, notamment après avoir vu son film Pirates l’an dernier (ou le concept de la baignoire et des jeux enfants sont magnifiés dans ce qui nous a offert un fou rire à la fois gêné et sincère) : « avec mon équipe on n’osait pas aller vers lui, on ne se sentait pas légitime » confesse Kajanthan Gugananthan.

Finalement, la collaboration s’est concrétisée lors d’un tourange au mois de février dernier dans un appartement tourangeau et au bar Le Strapontin. Slow Motion est actuellement en cours de montage et le cinéaste-étudiant espère pouvoir le présenter à des festivals : « c’est l’histoire d’un jeune garçon qui tombe amoureux d’une fille. Il a l’occasion de se retrouver seul avec elle... Une situation que tout le monde veut vivre. Et ce film analyse comment une relation atypique et poétique va se développer entre eux. » 6 minutes de romance à découvrir bientôt. En attendant, les autres films du jeune homme sont disponibles sur sa chaîne YouTube et pour le plaisir on a mis Pirates ci-dessous

Olivier COLLET