Tours

Foyer Albert Thomas : La Croix Rouge aux commandes le 20 mars

Les anciens résidents seront réorientés dans d’autres structures mais certains pourront rester sur place.

Ca fait près de 3 mois que l’on est au courant des difficultés du foyer Albert Thomas de Tours (nos précédents articles sont accessibles ici), situé dans la rue éponyme en centre-ville. L’association qui gérait ce site proposant 36 places d’hébergement d’urgence a été placée en liquidation judiciaire fin décembre 2016 à cause d’un trou financier de plus de 60 000€. Le mois dernier, après plusieurs semaines de polémiques, de manifestations et d’incertitudes autour de l’avenir du site, de ses résidents et de ses ex-salariés, La Croix Rouge a été désignée par la préfecture d’Indre-et-Loire pour reprendre la gestion de la structure. Ce sera effectif à partir de ce lundi 20 mars, un calendrier confirmé ce mardi par les services de l’Etat et la ville de Tours (propriétaire des locaux) au cours d’une conférence de presse à laquelle l’association n’a pas participé (et elle n’a pas non plous répondu à notre demande d’interview)…

Qu’a-t-on appris au cours de ce rendez-vous ? Une confirmation d’abord : il y avait 4 candidats pour reprendre Albert Thomas, « et nous avons examiné les réponses qui étaient dans les clous, à savoir qui concernaient l’hébergement d’urgence » a souligné le préfet Louis Le Franc, sous-entendant donc que ce n’était pas le cas pour l’intégralité des dossiers. En conséquence, le foyer Albert Thomas, qui fonctionnera avec 6 salariés « en cours de recrutement » sera ouvert chaque jour de 18h le soir à 8h le matin, tout au long de l’année.

Le dispositif prendra effet le lundi 27 mars, après une semaine de fermeture du foyer pour permettre aux équipes de La Croix Rouge « d’investir les locaux, remettre d’aplomb les lieux, car c’est la réglementation » nous dit-on. Sauf qu’il y a toujours du monde dans le bâtiment : 19 personnes, selon les services préfectoraux. 12 ont une procédure en cours pour tenter d’obtenir l’asile et ils se verront proposer une place d’hébergement à St-Pierre-des-Corps ou Tours, dans les dispositifs dédiés à l’accueil des migrants.

Les autres, une demi-douzaine, ont été déboutés suite à leur demande de droit d’asile. « Dans notre grande bienveillance… Notre grande bienveillance (le préfet a bien répété deux fois ces mots) ces derniers pourront continuer à bénéficier d’une place – et non pas de leur place – au sein du local mais sous le régime de l’hébergement d’urgence. Ils n’auront pas de droit supérieur aux SDF et devront y passer la nuit, rien que la nuit. » L’occasion pour Louis Le Franc de déplorer qu’Albert Thomas, qui ne devait garantir aucun accueil de jour, ait toléré au fil du temps que des résidents restent en permanence.

« Je ne peux pas faire mieux que ça, ce n’est pas possible » a encore insisté le représentant de l’Etat espérant que les résidents accepteront d’évacuer les lieux lundi pour que La Croix Rouge se mette en place (là aussi, un hébergement doit leur être proposé). Il s’offusque d’ailleurs que le sujet ait pris autant de place dans l’actualité : « l’hébergement d’urgence en Indre-et-Loire c’est 8 millions d’euros par an, un chiffre en constante augmentation. Nous disposons de 455 places pérennes, et au total 1 500 personnes sont hébergées dans différentes structures. Donc il faut ramener Albert Thomas à de justes proportions, qu’on ne lui accorde pas plus d’importance qu’il le mérite », mais il ne peut pas occulter le fait qu’en plein hiver, assister à des difficultés graves sur la question de la gestion d’une structure d’hébergement d’urgence est assez logiquement accentué car il y a une portée symbolique, en particulier à l’approche d’une échéance présidentielle.

Le maire de Tours Serge Babary tient d’ailleurs un discours similaire : « on monte une affaire pour quelques uns alors que l’Etat gère 1 500 personnes. C’est une manipulation politique. » Voilà qui pourrait bien encore relancer quelques tensions dans les heures à venir…