Tours

Kamel, Boris, Nordin, Fodil : ils sont médiateurs dans le bus et le tram

A Tours, Fil Bleu vient de recruter 7 personnes supplémentaires pour étoffer son dispositif.

Ils travaillent chez Fil Bleu mais leur manteau est rouge. Eux, ce sont les médiateurs. A deux ou trois, ils sillonnent le réseau de transport en commun de l’agglomération tourangelle pour accompagner les voyageurs ou guetter les incivilités, de l’usager qui monte sans billet à celui qui tente d’allumer une cigarette dans le bus. Depuis quelques semaines, ils sont 14. 7 personnes viennent d’être embauchées, 2 autres vont encore rejoindre l’entreprise (Keolis, filiale de la SNCF) d’ici quelques semaines à l’issue d’un long processus de sélection (tests et mise en situation sur le terrain). Pour le dernier plan de recrutement, 230 CV sont arrivés.

Selon la direction, ce dispositif est assez unique en France par son ampleur : « le réseau de médiateurs a été créé en 1995 et nous sommes un des seuls réseaux à proposer des embauches en CDI alors que d’autres font souvent appel à des associations » explique Fodil Chougrani, le responsable du service prévention-médiation. « On recherche des personnes qui ont déjà travaillé dans le social. Ensuite, elles reçoivent une formation continue pendant 3 ans. » Autre particularité : 10 des agents passent 50% de leur temps de travail à conduire le tramway, « pour certains c’est vraiment une nécessité » nous dit-on. Raison invoquée : éviter la lassitude d’un métier « difficile » où les altercations sont fréquentes avec des voyageurs colériques voire ivres. Des bagarres, aussi.

« Notre job c’est d’abord l’orientation, le renseignement des clients ou encore le contrôle préventif. On vérifie que les personnes qui montent dans un bus sont en possession d’un titre de transport ou qu’elles s’apprêtent à en acheter un » expliquent Kamel, Boris et Nordin, régulièrement sur le terrain. Parmi leurs missions aussi : l’éducation aux bonnes pratiques dans les transports en commun. « Un mineur sans billet, on ne peut pas l’obliger à descendre, il est sous notre responsabilité. Mais on peut l’informer du risque de verbalisation. » Ainsi, outre leur présence dans les bus et le tram, les médiateurs passent beaucoup de temps dans les classes : 1517 élèves de CM2 (soit 59 classes) ont par exemple eu droit à un cours « pour préparer la rentrée en 6ème. »

Et plus les enfants grandissent, plus la nature des interventions évolue : « au début on insiste sur la façon de bien se comporter dans les transports, sur le vivre ensemble. Ensuite on accentue sur le respect du règlement. Autour des collèges, on a souvent des problèmes de brouhaha. Près des lycées, ce sont des dégradations voire des agressions de conducteurs. » Et quand ça devient grave, l’équipe de Fodil peut alors mettre en place plusieurs dispositifs : une présence renforcée dans les véhicules aux heures de pointe mais aussi des interventions « directives » dans les classes. « Parfois, on arrive à identifier les élèves. Et on vient discuter avec eux de manière ferme, y compris avec le conducteur qui a subit l’incivilité. Généralement, l’effet est immédiat. »

Comme « la prévention a parfois ses limites », dans les cas les plus problématiques, des exclusions des établissements scolaires peuvent même être envisagées. « Et on porte plainte pour la moindre agression verbale » précise Fodil Chougrani. Fil Bleu peut aussi dresser des PV : jusqu’à 135€ pour avoir fumé dans les transports, 30€ pour une montée par la porte arrière d’un bus. En 2016, 191 signalements de préjudices (incivilités ou agressions) ont eu lieu dans les transports tourangeaux et les médiateurs ont pu intervenir dans 40% des cas. Présents du lundi au samedi sur les lignes, et le dimanche lors des grands événements (Braderie de Tours, Noël…), leur mobilité eest clairement un atout : ils sont là où l’on peut avoir besoin d’eux. Y compris pour accompagner les nouveaux usagers (les étudiants) ou ceux en difficulté (personnes âgées, étrangers…). Ils se rendent ainsi dans plusieurs associations pour informer leurs bénéficiaires (CREPI, Léo Lagrange, Croix Rouge…). Des actions qui leur laissent souvent de très bons souvenirs.

Olivier COLLET