Tours

Budget 2017 à Tours : « gros effort » contre « manque de souffle »

Métaphores sportives pour évoquer la situation financière de la ville au conseil municipal.

Pour la troisième année consécutive, Tours s’intéresse à son budget en début d’année, c’est la méthode du maire LR élu en 2014 Serge Babary, même si son opposition a toujours du mal à s’y faire. Ce lundi, le conseil municipal a donc passé 2h30 à débattre des orientations budgétaires pour 2017. Nous avions déjà abordé la question ce week-end, voici donc un rappel, rapide, des chiffres à retenir : avec 10,5 millions de dotations de l’Etat en moins depuis 2014 « soit 13 points de fiscalité », la situation est compliquée selon le maire. Il y a tout de même des augmentations de recettes : 78 millions d’euros de rentrées fiscales, soit un million de plus que l’an dernier (quand la population de la ville augmente ou que ses revenus s’améliorent, les recettes fiscales progressent même sans hausses d’impôts). La communauté urbaine Tour(s)Plus devrait également augmenter ses subventions d’environ 10% cette année.

Bilan : « nous allons pouvoir stabiliser la pression fiscale et maintenir les abattements comme pour les personnes handicapées » a souligné Serge Babary insistant bien sur le fait que c’était un « effort ». L’épargne brute est aussi « consolidée » à un taux de 7,5%. Pourquoi c’est important ? « Parce que c’est ce que regardent les banques avant de prêter. » Tours va emprunter 9 millions d’euros cette année pour en rembourser 12,7 autres : « nous restons constants dans le remboursement de la dette » se félicite encore le maire ajoutant qu’il œuvre à « lisser » les emprunts dans le temps pour éviter une forte augmentation des sommes à rembourser à partir de 2023. « On n’a pas perdu notre temps, il faut bosser jour et nuit pour ça. » La dette tourangelle est aujourd’hui de 224,5 millions d’euros.

Ce bilan financier tendu devrait tout de même permettre à la municipalité « de maintenir les subventions » à hauteur de 18,5 millions d’euros, « un tour de force vu que les recettes baissent. Cette décision doit être saluée par ceux qui les reçoivent mais les augmenter n’est pas possible pour des raisons mathématiques. » Quant aux investissements, 20 millions d’euros sont envisagés : « si on peut faire mieux, on fera mieux » indique Serge Babary qui attend le bilan définitif des comptes de 2016 pour trancher.

Ce montant des investissements, c’est l’un des angles d’attaque de l’opposition : « je ne trouve pas le souffle, la vision nécessaire pour projeter la ville dans les années qui viennent » a entamé le socialiste Nicolas Gautreau qui trouve cette enveloppe trop faible : « sous Jean Germain (avant 2014, ndlr) c’était en moyenne 30 millions d’euros par an en baissant régulièrement la dette de la ville. Il faut essayer d’aller chercher l’argent là où il se trouve et ne pas attendre qu’il tombe du ciel. Le montant moyen d’investissements des villes de même taille que Tours est de 210€ par habitant on est à 149. Il va falloir se bouger car on a quasiment jamais été aussi bas. Il est temps de lancer des projets ! » Avis similaire également pour le communiste Pierre Texier : « nous ne percevons pas beaucoup d’ambition pour le développement de notre ville. »

« Une discussion de café du commerce » de surcroît « ronflante » selon Serge Babary : « Dîtes moi où vous allez chercher avec les dents les millions qui manquent ? On a peut-être un faible taux d’investissement mais aussi un revenu par habitant plus faible et un effort fiscal moins élevé que les villes de taille comparable. On ne peut pas à l’heure qu’il est obtenir davantage si l’on veut assurer le désendettement de la ville. » Et l’adjoint à l’économie Thibault Coulon de voler au secours du maire pour le conforter en soulignant les projets portés par l’agglomération Tour(s)Plus dont bénéficie Tours (le Centre de Création Contemporaine Olivier Debré, par exemple).

« A Tours, nous n’avons pas fermé de piscine ou de centre aéré pour montrer notre désapprobation au désengagement de l’Etat » a également tenu à préciser le maire pour prouver qu’il n’était pas qu’un râleur et faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Un peu plus tôt, Nicolas Gautreau avait souligné ses « contradictions » : « vous déplorez la baisse des dotations alors que vous soutenez un candidat à la présidentielle qui propose 100 milliards de diminutions dans le budget de l’Etat notamment envers les aides aux collectivités. »

Enfin, une autre socialiste, Samira Oublal, a anglé sa riposte sur les subventions : « à priori le fait qu’elles soient maintenues est une bonne nouvelle mais je m’interroge sur les arbitrages : quels secteurs et quelles structures seront concernées par des baisses ou des hausses ? Quelles seront vos priorités ? » La majorité a renvoyé le débat en mars, lors du vote du budget. Ce sera le 20. Le rendez-vous est pris pour une nouvelle étape, un nouveau match, aussi.

Olivier COLLET

A retenir aussi : 453 postes d’agents de la ville de Tours ont été transférés vers la communauté urbaine soit l’équivalent de 16,1 millions d’euros. Ce n’est pas de l’argent gagné par la mairie car elle va le reverser à Tour(s)Plus en compensation du travail fourni par ces agents. Un jeu de vases communicants, en somme.