Tours

Les pro-Mélenchon s’organisent en Indre-et-Loire

Une quinzaine de groupes d’appui locaux font la campagne de la France Insoumise. Rencontre.

A moins de 3 mois du 1er tour de l’élection présidentielle, la dispersion de la gauche et les déboires du Parti Socialiste, boudé en raison de l’impopularité de François Hollande après cinq ans au pouvoir, pourraient être favorables à Jean-Luc Mélenchon. En Indre-et-Loire, les soutiens du candidat de son mouvement La France Insoumise sont aujourd’hui près de 200 à faire sa campagne dans une quinzaine de « groupes d’appui » locaux répartis dans tout le département. Marchés, cafés politiques, réunions… Ca fait 6 mois qu’ils ont commencé leur travail en relative autonomie (pas de diktat de parti, affirment-ils) avec un objectif clair : accompagner la dynamique, dans l’espoir de voir leur champion se qualifier pour le second tour (et vu l’ouverture de ce scrutin, l’hypothèse n’est pas totalement fantaisiste).

Depuis Rochecorbon, Marie-Pierre Fleury est avant tout conquise par la personnalité du candidat : « je comprends son discours alors que dans les autres partis, les candidats ont un propos bien plus préparé. J’ai l’impression qu’on est au bout d’un système, et il y a en moi quelque chose de révolté et d’insoumis. » « son énergie et son indignation m’ont réconcilié avec la vie politique » ajoute Frédéric Nobilleau, un des animateurs de la campagne : « Jean-Luc Mélenchon propose une vision sur plusieurs années, un cap à suivre, alors que les autres proposent de replâtrer par ici, soigner par là, créer un petit dispositif d’aide de ce côté...  »

« C’est un porte-parole, mais ça ne suffit pas », ajoute Frédéric, « d’autres ont fait la même chose mais ont dégonflé comme un ballon peu après. Ce qui est intéressant avec Jean-Luc Mélenchon c’est qu’il nous permet de nous projeter. Ce qu’il propose, c’est le maintien d’un équilibre social. » « Ce n’est pas seulement une personne, c’est toute la démarche qui me parle » justifie Micka, artiste engagé dans la campagne, en évoquant le programme collaboratif « La France en commun » élaboré pendant un an et demi.

Agriculteur à Vernou-sur-Brenne et insoumis, Vincent Pinon se dit lui aussi « touché » par le discours Mélenchoniste : « on sent le vécu de ce qu’il dit, il n’aligne pas les mots les uns derrière les autres, c’est vraiment du concret. » Selon lui, « le problème c’est que les élus actuels sont déconnectés du terrain. » « Il a dès le départ exprimé la volonté que tout redémarre de la base » explicite Micka, « les politiques ont une connaissance théorique mais pas de vécu de la réalité. Là où son programme est fort, c’est que deux ou trois éléments essentiels vont tout déclencher afin de libérer les forces et les énergies enlisées dans un système. »

Parmi les grandes idées citées par les militants : le projet de VIème République et de nouvelle Constitution défendu par Jean-Luc Mélenchon : « avec l’élection d’une Assemblée Nationale constituante, ce sont les gens du peuple qui vont décider des los et de la direction du pays et non pas une espèce de bourgeoisie politique faite de technocrates et de financiers » espère Marie Marie-Pierre en s’appuyant sur une autre proposition : le fait de révoquer des élus, « et c’est tout à fait d’actualité » lance-t-elle dans un clin d’œil (coucou François Fillon, Cahuzac et consorts).

« En modifiant la Constitution, on ouvrira des portes qu’on ne peut pas franchir aujourd’hui » poursuit Micka en pensant à la question de l’Europe : « les traités actuels nous enchaînent. Jean-Luc Mélenchon n’est pas un anti-européen mais il veut rencontrer les institutions pour faire changer les choses. L’Europe empêche plus qu’elle ne permet de faire. Et s’il n’y parvient pas, alors peut-être que l’on aurait tout intérêt à quitter l’Union Européenne, mais seulement avec une idée de ce que l’on ferait derrière. On peut sortir de l’Europe tout en gardant une coopération active, ça s’est bien fait sur des projets comme le Concorde, Airbus ou Ariane. »

Autre thème de campagne qui remporte un fort écho chez les militants que nous avons pu rencontrer : l’écologie. « Je suis un peu dans le système et j’en vois les limites » avoue Vincent, l’agriculteur de la Brenne. « sur le sujet de la transition énergétique Mélenchon a des propositions concrètes comme le fait de travailler avec l’ONU pour redonner une autre dimension à l’économie, changer les choses en profondeur. On bousille la terre, on ne vit plus du tout. Aujourd’hui, je me sens plus près du mineur d’il y a 150 ans que du stéréotype de l’agriculteur-exploitant-chef d’entreprise qu’on nous fait miroiter. » « Quand il parle d’écologie, il parle aussi d’emploi » souligne de son côté Frédéric.

En insistant sur ces parties du programme de Jean-Luc Mélenchon, les représentants tourangeaux de la France Insoumise espèrent imposer leurs thèmes dans la campagne. « Actuellement, on évite les vraies questions » déplore Micka : « on ne parle pas des vrais sujets comme l’évasion fiscale, la pauvreté ou les grandes fortunes qui accumulent les richesses. » « La diversité ou la laïcité ce sont des thèmes qui cherchent à diviser, nous au contraire on espère rassembler avec des sujets comme la retraite à 60 ans ou la sécurité sociale intégrale » estime un autre militant, Carlos. « Tout ça, ce sont des graines que l’on plante pour l’avenir. On veut instaurer un mouvement qui vient de la base, ça ne s’arrêtera pas au lendemain du second tour » promet Vincent. Et ce, même si leur candidat ne parvient pas à faire la différence. Car Les Insoumis d’Indre-et-Loire seront aussi là pour les législatives de juin.

Olivier COLLET