Tours

Un symbole solidaire tourangeau menacé : La Barque risque de fermer

Le café associatif de la Rue Colbert cherche des solutions pour garder la tête hors de l’eau.

En une petite heure ce dimanche, La Barque a presque vu passer autant de monde que lors d’une journée entière : « en été on voit 20-30 personnes par jour, une cinquantaine en hiver » explique Olivier entre deux allers-retours derrière le bar pour servir café ou crêpes. Ca fait 6 ans qu’il fait partie de l’aventure, 20 ans que le café associatif de Tours ouvre du mercredi au dimanche Rue Colbert, « un lieu rare en centre-ville, alors que ce type de structure est de plus en plus installé en périphérie voire à la campagne. »

Ici, c’est simple : on est dans un bar-salon de thé. On peut tout y boire, sauf de l’alcool. Mais surtout on y trouve une ambiance particulière, chaleureuse, simple. On s’y mélange, on discute, on joue. « C’est un lieu d’accueil de jour. Il y a des SDF qui viennent mais aussi des personnes au RSA en appartement qui tournent en rond toute la journée. » Au mur, on découvre les photos des projets parallèles de La Barque : jardin ou chantier sur les bateaux avec l’association La Rabouilleuse de Rochecorbon. Tout le monde se connait, ou presque. Toutes les générations sont réunies, certains s’apprêtent à jouer de la musique.

Comme souvent, l’ambiance est bon enfant en ce dimanche hivernal presque ensoleillé, mais on sent aussi planer l’inquiétude : « oui, mercredi on sera ouvert » rassure Olivier à plusieurs reprises. Mercredi, oui. Mais après ? Ca, lui-même ne sait pas trop… Car ce lundi, en raison d’un trou de 50 à 60 000€ dans les caisses, l’association qui gère La Barque devrait déposer son bilan, ce qui devrait mécaniquement entraîner une liquidation judiciaire. Ca ne vous rappelle rien ? Exact : le Foyer Albert Thomas, voisin du bar, liquidé lui aussi, juste avant Noël.

Il y a un lien entre ces deux mauvaises nouvelles pour les structures sociales tourangelles : elles avaient le même trésorier, décédé au mois de décembre. Une disparition qui aurait fait paniquer les administrateurs de La Barque, se sentant incapables de gérer les difficultés et préférant renoncer. « Cela fait pourtant 5 ans que l’on tire la sonnette d’alarme en Conseil d’Administration, depuis que les subventions commencent à baisser » rappelle Olivier, déplorant un manque de réaction en face.

Avec environ 100 000€ d’aides en 2016 (de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale, du Conseil Départemental, de la région Centre-Val de Loire mais aussi d’autres partenaires comme Tour(s)Plus pour des projets annexes), l’association a perdu près du tiers de ses subventions, « la mairie de Tours nous donnait 12 à 17 000€ sous Jean Germain mais depuis 2015 on n’a plus rien » note Olivier.

Pourtant, le salarié n’accable pas les pouvoirs publics ou les financeurs. Il regrette plutôt que la Conseil d’Administration n’ait pas su s’adapter et anticiper ces baisses pour trouver d’autres solutions de financements : « il a manqué de clairvoyance et de réactivité. » Un CA dont la composition n’a bizarrement pas évolué depuis 10 ans et qui se serait semble-t-il progressivement éloigné du terrain tout en restant sourd aux remontées des équipes. Un temps, un rapprochement avec l’association Emergence (qui gère une partie de l’hébergement d’urgence sur Tours) a été envisagé, sans se concrétiser.

« On a un beau bébé mais on laisse couler l’eau du bain » s’alarme Olivier, qui ne sait pas quand il touchera son salaire de janvier. Idem pour le second salarié de l’équipe, le troisième ayant demandé une rupture conventionnelle effective ce dimanche (sans savoir, lui, quand il touchera ses indemnités). La situation est donc critique et complexe : « ici on accueille des personnes dans tous types de situations, le social est notre priorité dans un lieu sans doute moins institutionnel » résume le travailleur social pour bien montrer l’importance du café, dont l’existence est décriée par quelques voisins « mais nous sommes soutenus par le président de l’association des riverains et la majorité des commerçants de la Rue Colbert » rassure l’homme.

Alors que va-t-il se passer maintenant ? A La Barque, on réfléchit déjà à un avenir. A une table, plusieurs personnes plaisantent : « on va racheter La Barque, Albert Thomas et les Hilton ! » Plus sérieusement, Olivier évoque un éventuel projet de nouvelle association basée sur les mêmes principes mais « mieux soutenue » par les financeurs. Il explique que des rendez-vous sont prévus dans les tous prochains jours. On peut également s’attendre à des mobilisations « dans l’objectif d’obtenir le soutien des Tourangeaux. » Un nouveau combat symbolique débute.

Olivier COLLET