Tours

Hamon vainqueur de la primaire : enthousiasme, soutiens polis et réticences au PS37

Les leaders du parti et les grands élus jouent le jeu, les autres sont plus réservés.

Ils n’étaient pas nombreux à avoir soutenu Manuel Valls et à montrer le bout de leur nez au siège du PS d’Indre-et-Loire ce dimanche soir à Tours, juste après le second tour de la primaire de la gauche. La dynamique a clairement été du côté de Benoit Hamon, le frondeur, ancien ministre de l’éducation, porté par le soutien d’Arnaud Montebourg ou de Martine Aubry. Résultat : presque 59% pour lui, 41% pour l’ex premier ministre, 12 000 voix contre 8 000 dans notre département. Et de plus, en Indre-et-Loire comme au niveau national, la tendance est identique : la participation augmente : 20 485 électeurs dans le département, contre 17 000 au premier tour.

Il y a toujours plus de votants lors d’un second tour, mais cette hausse nette, les socialistes veulent y voir un symbole : celui que la gauche n’est pas morte, intéresse encore les citoyens : « si l’on avait eu plus de temps pour cette campagne… » entend-on dans les discussions. Enfin quand même, de là à atteindre les plus de 4 millions d’électeurs rassemblés par la droite en novembre, il y aurait eu un sacré fossé à combler. On est également assez loin des scores réalisés à la primaire de 2011, avant la victoire de François Hollande. Mais ce 29 janvier l’optimisme est de rigueur dans beaucoup de bouches, on regarde même avec intérêt ces quelques sondages plaçant déjà Benoit Hamon à 15% au 1er tour de la présidentielle, devant Mélenchon.

Parmi ceux qui ont soutenu le vainqueur de cette primaire dès le début, Vincent Tison (Joué-lès-Tours). Son message : « appuyons sur ce qui nous rassemble à gauche plutôt que ce qui nous divise » avec un appel clair à Jean-Luc Mélenchon : « nous défendons des valeurs communes sur l’école ou l’écologie. Il y a des idées et des projets qui peuvent rassembler. Souvenez-vous des régionales de 2015 en Centre-Val de Loire. L’union avec les écologistes et le reste de la gauche a permis de gagner. Est-ce que ça veut dire que l’on est d’accord sur tout ? Non, mais nous nous appuyons sur nos convergences. » « Pour ma part cette victoire ne se limite pas qu'aux frondeurs, elle est avant tout la victoire de celles et ceux qui veulent maintenir le curseur à gauche, bien à gauche » complète la Tourangelle Nadia Hamoudi.

D’un côté, les soutiens de Benoit Hamon se tournent donc sur leur gauche pour attirer les électeurs vers un vote utile et traditionnel PS afin de donner une chance à un candidat parti de loin dans cette campagne familiale (6% dans les premiers sondages, 59% à la fin) et qui rêve de rééditer l’exploit à l’échelle du pays. Mais en parallèle, de l’autre côté, Benoit Hamon est déjà invité explicitement à amender son programme pour réussir à convaincre les soutiens de Manuel Valls de le soutenir activement, au lieu de se contenter de ne pas lui mettre des épines dans le pied.

Depuis Paris, la porte-parole du perdant de la soirée et sénatrice tourangelle Stéphanie Riocreux dit ceci : « le temps de la primaire et du débat sont maintenant terminés. Il faut se concentrer sur la présidentielle, défendre les valeurs de la gauche même si le projet est différent. » Son implication d’ici le 23 avril dépendra « du programme que Benoit Hamon proposera. » Sa condition : que le candidat socialiste élu soutienne plus le bilan de François Hollande. Mais dans tous les cas, promis, « je ne ferai pas partie de ceux qui vont partir chez Emmanuel Macron. »

Pourtant, selon Vincent Tison, le fait que Benoit Hamon « ne soit pas comptable à 100% du bilan Hollande » pourrait plutôt être un avantage. Il invite néanmoins son candidat à faire un projet qui « apporte une place » aux propositions des autres concurrents de cette primaire, mais tout en gardant comme axe fort le Revenu Universel qui a tant fait débat ces dernières semaines. « Benoit Hamon a réussi à crédibiliser sa candidature et à intéresser des gens qui ne suivaient pas la politique » note pour sa part le patron des socialistes tourangeaux, Francis Gérard : « c’est une gauche nouvelle qui est apparue, une gauche de gouvernement exigeante, à nous désormais de créer la dynamique du rassemblement. Ce sera mon rôle de mettre les militants en mouvement, d’autant que les cartes sont rebattues avec l’affaire Fillon qui montre qu’une victoire n’est jamais acquise à l’avance. »

Ce rassemblement, il n’est quand même pas gagné d’avance… Nicolas Gautreau, soutien actif de Manuel Valls à Tours, semblait se contenir pour ne pas lâcher de petite phrase mais il était tendu, très tendu, s’accrochant notamment avec un soutien de Benoit Hamon : « c’est une victoire nette, dont acte. Bonne chance à Benoit Hamon. Une campagne s’ouvre et j’y assumerai mes fonctions d’organisation au sein du PS » déclare sobrement le conseiller municipal,  qui refuse de dire qu’il votera Hamon le 23 avril mais fait aussi la moue quand on prononce le nom de Macron.

A côté, le député Jean-Patrick Gille, habitué à ne pas trop faire de vagues et à serpenter entre les courants, fait preuve d’un peu plus de motivation : « le spectre de la division du PS s’éloigne, je n’ai pas d’états d’âme à être derrière lui et je le soutient même si je ne suis pas d’accord avec tout. » La méthode Coué en attendant de voir comment le nouveau poulain socialiste va galoper maintenant qu’il est lancé dans la grande course. Une chose est sûre : il sera attendu au tournant et s’il rate un obstacle, on ne lui fera pas de cadeau.

Olivier COLLET