Tours

Tours fait son numéro pour devenir une métropole

Et jongle avec les institutions pour réaliser son objectif tout en annonçant de grands projets comme une éventuelle "Arena".

Quand le député-maire de St-Cyr-sur-Loire et président de l’agglo Tour(s)Plus Philippe Briand fait un discours, on ne sait jamais vraiment si c’est un discours ou un spectacle comique. Après les imitations de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy dont l’élu Les Républicains a déjà usé (et abusé), il a ajouté une nouvelle voix à son catalogue : Jean-Michel Baylet, le secrétaire d’Etat en charge de l’aménagement du territoire. Pas forcément hyper ressemblant, mais « le ministre Baylet » était un personnage important de son discours, tout comme « le président François » (on note que pour le 1er il insiste sur le nom, et appelle souvent le second par son prénom…).

Enfin, discours… Plutôt histoire, voire conte. Pendant 20 minutes, Philippe Briand a raconté l’histoire de Tours qui veut devenir métropole et fait du lobbying au plus haut niveau de l’Etat pour y arriver. Elle a tout du roman à l’eau de rose cette histoire : des rebondissements avec un gouvernement qui dit non puis oui, des unions impromptues entre des élus de bords différents… Sauf qu’on ne sait pas encore avec précision comment elle va se terminer.

Depuis le 1er janvier 2017, Tours n’est plus une communauté d’agglomération mais une communauté urbaine, avec l’ambition de devenir une métropole pour entrer dans le club des 22 plus grandes villes de France : « il fallait accepter de faire ce pas en avant au risque de laisser passer la balle pour de très nombreuses années » a dit plus sérieusement ce cher Philippe qui espère bien que ce joli statut qui rapprochera Tours de Lyon, Rennes ou Nantes permettra à l’agglo d’avoir un soutien financier accru de l’Etat et d’être un aimant à projets, à installations d’entreprises, à étudiants...

Mais pour que tout ça se réalise, il faut que la loi sur le Grand Paris et les métropoles soit définitivement adoptée par l’Assemblée Nationale. Ce devrait être le cas… le 24 février, alors que la session parlementaire s’achèvera le 25, à l’approche de l’élection présidentielle. « C’est bien engagé mais ça va être juste » souligne Briand. En clair : vaudrait mieux pas qu’il se passe un truc grave nécessitant la mobilisation des députés pile poil dans les derniers jours de février, « car ce n’est pas la prochaine Assemblée qui votera ce texte » prédit l’élu, qui suppose une majorité de droite à partir de l’été prochain (le Sénat, dirigé par la droite, est déjà contre la loi).

Alors le député et ses amis de circonstance continuent leur numéro en haut lieu pour essayer d’accélérer un peu le calendrier… Et ça y va en nous prenant par les sentiments, insistant sur l’« aventure » d’élu, tout le travail « fait en 6 mois alors que d’autres auraient mis 2 à 3 ans à l’accomplir. » Il propose même sur le ton de la blague de donner le nom du préfet (Louis Le Franc) à une salle de commission vu que c’est lui qui a soufflé l’idée de cette candidature au statut de métropole. « Mais avait-on vraiment le choix ? » demande-t-il aussi. La réponse est toute trouvée dans sa bouche : non, car c’était devenir métropole ou rester au rang de villes qu’il ne nomme pas mais qu’on devine dans le reflet de son regard (au hasard : Le Mans, Angers, Châteauroux, Bourges…).

« La Touraine est capable de le faire, on peut combattre ensemble » lance encore un Philippe Briand galvanisé avant de se rendre compte que ce mot de métropole accolé à Tours… bah ça met quand même la pression : « il va falloir que l’on soit une métropole exemplaire avec des projets prêts en permanence »… pour pouvoir candidater lorsqu’il y aura des appels de l’Etat voire, mieux, de l’Europe avec des subventions à la clé. Donc, en ce moment, l’agglo travaille pour la deuxième ligne de tramway dont les travaux pourraient commencer d’ici 3-4 ans pour s’achever vers 2023… « et dès qu’ils seront terminés il faudra déjà préparer la 3ème ligne pour être prêts. » Ce qui évitera d’attendre encore dix ans entre deux inaugurations.

Alors parmi les projets que Philippe Briand verrait bien lancés : de l’écologique, avec des futurs bus au biogaz à acheter à partir de 2018 ou alors la création d’un nouveau pôle de logements, activités de loisirs ou économiques sur les 270ha que l’armée pourrait libérer au Nord de Tours avec le départ de l’école de chasse. Une « réserve foncière » qui serait une aubaine, surtout en prolongeant le tram jusque là, confie-t-il en aparté. Et peut-être qu’il y verrait bien se développer « une Arena », soit une grande salle capable d’accueillir des événements sportifs, des spectacles, des tournois… « On va réfléchir à sa faisabilité » nous dit le président, sans donner de date mais convaincu que c’est nécessaire (à Tours, des élus de la majorité de droite et du centre l’appellent déjà de leurs vœux depuis plusieurs mois). Attention à bien ficeler ce type de dossier : Orléans a essayé… avant de renoncer. Le projet de grande Arena s’est finalement transformé en refonte du parc des expositions de la capitale régionale.

A propos de refonte, Philippe Briand a évoqué la question des deux patinoires « mal en point » de Tours et Joué-lès-Tours. « Dans l’avenir on pourrait imaginer n’en avoir qu’une seule », sans dire si c’est en plus de l’Arena évoquée plus haut, ou compris dans cette idée-là. En tout cas, même si les choses doivent encore se préciser, c’est ce genre de grandes idées que le président veut porter, il veut investir dans de la grande envergure. Pour ça, il invite ses collègues maires à « tenir les finances » et conclut avec une saillie assez sévère au sujet du budget : « la métropole ne doit pas être un tiroir caisse. 3 courriers sur 4 que je reçois c’est pour me demander des sous… Il faut arrêter avec la France qui réclame. Les subventions, c’est pour de grands projets, pas pour la vie de tous les jours. »

Olivier COLLET

A retenir aussi : Philippe Briand a évoqué l'inauguration du Centre de Création Contemporaine de Tours le 10 mars prochain. Une cérémonie qui devrait se faire en présence du président de la République et de la reine de Norvège, sachant que les premières expositions feront honneur au pays nordique. De quoi garantir des débuts internationaux au CCCOD comme l'espèrent les élus qui ont investi dans ce projet. L'objectif est d'accueillir 100 000 visiteurs par an.