Tours

Made In Local : les producteurs locaux sur un plateau

Lancée il y a un an, l'entreprise tourangelle livre notamment des produits de Touraine à domicile.

Depuis quelques semaines, y compris en Touraine, on entend beaucoup parler de la grogne des éleveurs. Leur problème : ils ne vendent pas leurs produits assez cher pour en vivre et dénoncent les marges abusives de la grande distribution et des intermédiaires. En écho à cette mobilisation qui se poursuivra avec une nouvelle manifestation à Paris le 3 septembre, les initiatives pour défendre les agriculteus de notre région se multiplient. Que ce soit les restaurants affirmant travailler avec des produits locaux ou encore les jeunes entrepreneurs qui se proposent d'être le seul et unique intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

A Tours, Made In Local sont de ceux-là. Depuis septembre 2014, Guillaume Bougrine et son associé se sont mis à mi-temps chez STMicroelectronics afin d'avoir la possibilité de développer leur entreprise. "Mon collègue était, depuis un moment déjà, interpellé par des reportages montrant que des producteurs n'arrivaient pas à vivre de leur métier. On s'est dit qu'il y avait quelque chose à faire" raconte Guillaume. Avec leurs petites mains, les deux collègues mettent en ligne une première version de made-in-local.fr (réactualisée au printemps dernier). Ce site propose d'acheter en ligne des produits fabriqués dans la région, puis de les récupérer dans un des 20 points relais répartis dans l'agglo de Tours et sur le département (dont pas mal de boulangeries) ou de se faire livrer à domicile pour 1€ de plus.

Des prix compétitifs et honnêtes pour les agriculteurs

"Ca a été long de démarcher les producteurs pour les convaincre" se souvient encore Guillaume Bougrine. Aujourd'hui, ils sont une dizaine à proposer produits au détail ou paniers. Tout en continuant à fonctionner avec d'autres acheteurs, magasins ou initiatives 2.0 comme La Ruche Qui Dit Oui : "la différence avec cet autre site, c'est que les producteurs doivent eux-mêmes faire la livraison alors que nous, nous allons chercher les produits chez-eux ce qui nous pemet d'avoir de meilleurs prix. Et on s'engage à assurer la tournée quelle que soit la quantité commandée."

Le catalogue du site n'est pas encore extrêmement fourni mais on y trouve l'essentiel : fruits, légumes, oeufs, jus de fruit, soupes, vin (en partenariat avec Les Belles Caves de Tours), charcuterie... Et bientôt viande (avec un producteur de Druye) et fromages. "Pour l'instant nous avons une quinzaine de commandes par semaine et déjà quelques abonnements pour un panier moyen de 20€ qui devrait augmenter quand on proposera de la viande" ajoute Guillaume Bougrine qui reconnait "ne pas se verser de salaire pour l'instant", "mais on reste motivés, on sait où on va et on est convaincus de l'intérêt de notre projet."

"Parfois, les grandes surfaces abusent sur les marges"

Dans un futur proche, Made In Local espère aussi développer un réseau de clients référents qui pourront proposer à leurs collègues ou amis de centraliser des commandes et de leur distribuer "ça pourrait très bien marcher dans les entreprises par exemple. Avec un salarié qui donnerait leur commande aux autres à la fin de la journée de travail."

En terme de prix, "notre objectif n'est pas forcément d'être moins cher que les grandes surfaces" note Guillaume Bougrine qui y arrive cependant sur certains produits comme les pommes, même en achetant de plus petites quantités aux producteurs ce qui lui fait dire que les magasins abusent un peu sur leurs magres : "parfois, ils doivent aller jusqu'à 1€ par kilo !" et ce y compris pour des enseignes qui achètent leurs produits en local, donc sans transport...

"Aujourd'hui c'est dur d'être agriculteur. Ce sont des gars qui ne prennent pas de vacances, qui travaillent beaucoup, en extérieur... Ils doivent être payés décemment" poursuit le jeune entrepreneur qui veut profiter de son projet pour développer des rapports humains. Il espère aussi, à terme, disposer d'un local où les clients pourront venir chercher leurs commandes dans des casiers. Un lourd investissement mais un gros avantage pratique pour gagner en notoriété. Une troisième personne a par ailleurs été recrutée pour 2016 afin d'aider au développement de la structure.

Olivier COLLET

www.made-in-local.fr