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« Michelin doit le respect à la ville de Joué-lès-Tours »

Le maire de Joué-lès-Tous, Frédéric Augis, nous donne sa vision sur le site Michelin.

Alors que Michelin inaugurait ce mardi 03 octobre son usine restructurée, la question de l'avenir des 24 hectares libérés sur le site de l'ancienne usine restent en suspens. Hier, dans nos colonnes, le directeur de Michelin Joué-lès-Tours, Olivier de Chassey, évoquait la bonne volonté de son entreprise et un certain blocage des élus locaux, face aux projets proposés pour restructurer ce site quasi vierge. Une vision qui est tout autre du côté du maire de Joué-lès-Tours Frédéric Augis. Entretien

Info Tours : Monsieur de Chassey évoque 8 projets proposés par Michelin et refusés par les élus sur le site de l'ancienne usine. Pouvez-vous nous donner les motifs de ces refus
Frédéric Augis :
S'il faut passer pour le méchant dans l'histoire, je le veux bien, mais il faut regarder le type de projets qui nous ont été proposés. Nous avons eu un karting, alors qu'il y en a un à 200 mètres, un cinéma, une entreprise immobilière ou encore un « Retail Park » avec des implantations commerciales et de loisirs,... mais ce sont des projets qui ne correspondent pas au domaine industriel. Dans la convention, il est par ailleurs stipulé que les emplois sur le site doivent être exogènes (à l'extérieur du territoire), or Michelin nous a proposé des entreprises venant de Saint-Pierre-des-Corps, on a simplement respecté la convention en les refusant. On ne peut pas déshabiller une ville de la Métropole pour une autre comme cela.

Info Tours : Il y a eu le projet Boostheat qui n'est pas venu également.
Frédéric Augis :
Là-dessus, nous n'y sommes pour rien, nous étions mis en concurrence avec d'autres villes, nous avons tout fait pour les avoir, parce que cela nous semblait cohérent. C'était un projet autour de chaudières thermo-dynamiques. Seulement ils ont eu une offre meilleure à Lyon parce qu'il y a Bosch qui les soutient.

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Info Tours : La direction de Michelin mentionne également sa volonté de garder une partie des bâtiments que vous avez finalement fait raser.
Frédéric Augis :
La réalité est qu'ils les avaient proposés à une entreprise en difficulté et placée en redressement judiciaire. Cette dernière voulait recentrer toutes ses activités sur un seul site. Si nous avions accepté, nous aurions pris un risque, celui de voir l'entreprise en question fermer et on se serait retrouver avec deux bâtiments que Michelin n'avait plus à détruire. C'est donc nous qui aurions dû prendre en charge cela, avec le risque d'avoir une friche avec deux verrues.

Info Tours : Avez-vous proposé vous-même des projets à Michelin ?
Frédéric Augis :
Bien sûr, nous les avons mis en relation avec des entreprises qui pouvaient être intéressées par le site, mais cela n'a rien donné parce qu'ils ne sont pas arrivés à se mettre d'accord sur le prix du foncier.

Info Tours : Ce site qui paraissait porteur au départ, paraît finalement pas si attractif que cela ?
Frédéric Augis :
Le problème est qu'aujourd'hui il est entièrement vierge. Il n'est pas aménagé, sans voirie et sans réseaux. Il y a de lourds investissements à faire dessus, cela ne facilite pas l'arrivée d'entreprises. Surtout qu'on n’en trouve pas qui sont capables d'investir l'ensemble.

Info Tours : Il va y avoir un pôle d'excellence qui va s'y installer
Frédéric Augis :
C'est un projet en bonne voie oui mais qui sera minime au départ en surface. C'est cependant vers cela que l'on doit aller en effet. L'avenir du site doit être industriel.

Info Tours : Quelle serait la solution selon vous ?
Frédéric Augis :
Je pense qu'aujourd'hui il faut que la Métropole récupère le site et qu'elle en fasse une zone d'aménagement en prenant à son compte l'investissement pour la voirie, les réseaux. Cela reviendrait à 2 millions d'euros. Mais pour cela, il faut que Michelin accepte de faire un effort sur le prix du foncier.

Info Tours : C'est le prix du foncier qui bloque aujourd'hui ?
Frédéric Augis :
Aujourd'hui nous ne voulons pas qu'il soit morcelé au coup par coup. Il faut un projet réfléchi globalement pour le restructurer entièrement. Michelin souhaite de son côté pouvoir le découper et vendre par terrains successifs. Si on laisse faire cela, les meilleurs terrains vont partir et on risque de se retrouver avec une partie qui finira invendable.

Info Tours : On sent que vos relations avec Michelin ne sont pas les meilleures qu'il soit.
Frédéric Augis :
Moi je suis garant des intérêts de la ville et des Jocondiens et j'estime qu'à travers l'histoire de Michelin à Joué-lès-Tours, l'entreprise doit avoir un respect envers la ville qui a perdu plus de 700 emplois. Et ce même si Michelin a fait le travail en en recréant sur le département. Le plan social a été un traumatisme à Joué-lès-Tours, Michelin doit en tenir compte.

 

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