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Michelin Joué-lès-Tours : « on a fait notre part du travail »

4 ans après le plan social, la direction dit avoir rempli ses obligations mais bute sur la reconversion industrielle du site jocondien.

Société emblématique dans le tissu économique local, ex-joyau d’une Touraine peu présente dans le monde de l’industrie, l’usine Michelin de Joué-lès-Tours connaît un renouveau 4 ans après un énorme plan social qui a choqué tout le monde. Le groupe a bien promis de recréer autant d’emplois qu’il en avait détruit et de s’impliquer dans la reconversion industrielle du site jocondien, mais ces actions sont peu visibles par une population parfois impatiente. D’ailleurs, depuis le périphérique, on voit surtout cette grande étendue vide qui semble tendre les bras au premier entrepreneur venu. Alors que se passe-t-il derrière ces grilles bien gardées ? On a voulu mettre les choses au clair, avec le directeur de l'usine, Olivier De Chassey, arrivé à ce poste en 2014, en pleine tempête sociale.

 

Ce mardi, l’entreprise inaugure officiellement ses « nouvelles » installations. L’usine a été reconfigurée après 22 millions d’euros d’investissements. Nouvelle chaufferie, rénovation des bâtiments, optimisation de la production sur le nord du site, économies d’énergie... « Avec ce chantier on a voulu redonner un avenir et une rentabilité à cette usine. On l’a remise en ordre. » note d’emblée Olivier De Chassey. Alors que le site Michelin historique s’étendait auparavant sur 32ha, il n’en occupe plus que 10 aujourd’hui. Depuis la fin de production de pneus poids-lourds, les activités ont été recentrées : « Nous produisons 3 choses : d’abord des membranes de cuisson qui servent ensuite à fabriquer les pneus, et ce que l’on fait représente 45% des besoins des différents sites du groupe soit 260 000 membranes à l’année. Nous fabriquons également 300 000 flaps (une sorte de rustine située entre le pneu et la jante) et 21 millions m² de renforts métalliques et textiles »

110 embauches d’ici 2021 et des partenariats avec des formateurs

Désormais, 215 personnes travaillent chez Michelin Joué-lès-Tours, dont une douzaine d’intérimaires. Le site ne fonctionne pas au maximum de ses capacités mais sa production est soutenue : une unité fonctionne 24h/24, 6 jours sur 7 et les deux autres sont actives du lundi au samedi. « Nous ne descendons jamais en dessous de 5 jours » promet Olivier De Chassey qui se réserve aussi une marge de réaction en cas de commande imprévue ou d’un besoin urgent de reconstituer les stocks. Une flexibilité qui a l'inverse peut entraîner également des périodes de chômage partiel, devenu une façon de gérer les périodes de plus faibles commandes dans le monde industriel.

Le directeur tient par ailleurs à rassurer ceux qui ont encore des craintes sur la pérennité de l’usine tourangelle. Le plan social encore dans toutes les têtes, la moindre rumeur peut devenir une crainte collective. En 2015, la CGT interpellait ainsi sur une possible fermeture de l'atelier de calendes ZP à Joué-lès-Tours en faveur de l'usine de Montceau-les-Mines, en Bourgogne… « Je l'ai dit à l'époque et cela tient toujours, c’est faux, la machine de Montceau sert aux essais et rien d'autre, d’ailleurs les ouvriers de cette usine viennent se former ici » répond Olivier De Chassey, conscient du traumatisme parfois encore présent au sein de l'entreprise.

Un traumatisme qui tend néanmoins à s'effacer avec les vagues de départ à la retraite de nombreux ouvriers présents ici depuis de nombreuses années pour la plupart. « Entre 2019 et 2021, plus de la moitié du personnel de l'usine sera remplacée ». En terme d'emploi, 30 recrutements sont prévus en 2019, 50 en 2020 et 30 en 2021. Et comme la main d’œuvre n’est pas simple à trouver, Michelin forme longuement ses futurs ouvriers et annonce nouer des partenariats avec des organismes de formation (bac pro ou école de la 2ème chance). « L’avenir n’est jamais garanti dans le monde industriel mais ça ce sont des signes de confiance » glisse le dirigeant qui prend soin aussi d’insister ironiquement sur la longévité des carrières dans la société : « on reste chez Michelin, c’est que ça ne doit pas être si mal… »

4,1 millions d’euros pour financer des créations d’emplois

Si elle reconnaît que le plan social annoncé en 2013 a été lourd à digérer pour le territoire, la direction de Michelin est ouvertement fière de la façon dont elle a géré la situation. « On a tenu nos engagements, on a fait notre part du travail » nous dit Olivier De Chassey en rappelant que les salariés accompagnés par l’entreprise dans le cadre de leur reconversion professionnelle ont tous été conservé au sein de Michelin jusqu’à ce qu’ils trouvent un nouvel emploi. A ce jour, 6 d’entre eux sont encore suivis sur la centaine qui ont participé au programme du groupe (comprenant notamment des financements de formations).

 

Du reste, Michelin devait dans le cadre de la convention signée avec l'Etat, recréer 706 postes sur l’ensemble du département d’Indre-et-Loire. Suite à l’échec de l'arrivée de la filiale Michelin Solutions, elle a finalement revu son ambition en promettant 806 créations d’emplois et mobilisant 4,1 millions d’euros pour réussir ce pari. Bilan début octobre 2017 : « 720 emplois effectivement créés » nous dit Olivier de Chassey. Ce chiffre pourrait être porté à 800 d’ici 3 mois voire 894 si toutes les entreprises avec qui Michelin est en contact concrétisent leurs projets d’embauches.

45 sociétés tourangelles soutenues

« Nous avons déjà dépensé 3,3 millions d’euros via des prêts bonifiés ou des subventions » précise le directeur de l’usine. « Ce sont les entreprises qui nous contactent, maintenant elles savent que ce dispositif existe. Mais on ne donne la subvention que quand le contrat de travail est effectivement signé. Chaque projet passe aussi devant une commission. »

45 sociétés tourangelles ont pu profiter de ce soutien, « des micro-entreprises ou des PME dans des secteurs variés comme le service à la personne ou l’industrie » liste Olivier De Chassey. « Ce sont des entreprises qui se développent et ont souvent des plans pluriannuels d’embauches. » Michelin ajoute que son plan se poursuivra jusqu’à épuisement de l’enveloppe provisionnée (les 4,1 millions), ce qui devrait donc permettre de dépasser nettement l’objectif initial. Reste à voir si ces emplois seront solides et donc durables dans le temps.

 

Dossier épineux, la reconversion des plus de 20 hectares libérés sur le site de l'ancienne usine, n'avance que faiblement. Si Michelin a détruit presque tous les bâtiments qui étaient présents et s’est aussi occupé de la dépollution, aujourd'hui le site reste vierge. Ici, on peut construire des usines ou des commerces mais pas de logements (ou alors il faudra mener de nouvelles études et peut-être poursuivre la dépollution). « Ce qui nous a été demandé, c’est de configurer le site pour en faire une zone industrielle » recadre le directeur. « L’objectif c’est de créer de l’emploi. On a besoin d’un tissu industriel dense car une usine isolée ne vit pas très bien. »

Une quinzaine de projets d’installations proposés

Sauf que pour l’instant, Michelin n’a pas de voisins. « J’avais imaginé l’ouverture d’un restaurant inter-entreprises, on pourrait même envisager une crèche mais ce n’est pas possible » déplore d’ailleurs le dirigeant du fabricant de pneus.

« On a soumis une quinzaine de projets d’implantations d’entreprises » lâche Olivier De Chassey. 1 seul est en voie d’aboutir : « il pourrait permettre plusieurs dizaines de créations d’emplois dans la filière du Bâtiment d’Excellence. » 5 autres projets sont en cours d’étude mais, surtout, 8 ont été refusés par les élus alors qu’ils avaient à priori été validés par la préfecture d’Indre-et-Loire. Les motivations de ces décisions n’ont pas été rendues publiques. Il y a néanmoins un projet en cours de construction : celui de la future chaufferie biomasse de Joué-lès-Tours. Mais il occupe à peine un hectare et ne créera pas beaucoup d’emplois (17 sont évoqués).

 

 « Pour s’installer dans ce contexte économique difficile, les entreprises ont besoin de voir que le territoire pousse, qu’il va les soutenir » détaille Olivier De Chassey qui avoue « ne pas avoir toujours compris » les arguments de la ville de Joué-lès-Tours lorsqu’il lui a soumis des dossiers. Il évoque notamment la candidature d’une entreprise fabriquant des chaudières domestiques et finalement partie se développer à Lyon : « pour elle, Michelin était prêt à négocier le prix du terrain à un tarif raisonnable, à assister la création des emplois, monter au capital de la société et la soutenir techniquement. Mais ça ne s’est pas fait. » regrette-t-il.

Des bâtiments prêts à l’emploi détruits sous la pression de la mairie

« Je serai content d’avoir des voisins mais on constate qu’on n’y arrive pas » ajoute encore le directeur de l’usine, « quelques fois un peu déçu » de ses relations avec les élus du territoire avec qui il a des échanges qu’il qualifie de « professionnels » et que l’on devine peu chaleureux.

Autre exemple : la mairie de Joué-lès-Tours aurait fortement plaidé pour la destruction de deux bâtiments qui auraient pu être loués ou vendus clé en main à des entrepreneurs. La raison ? « Esthétique » affirme Olivier De Chassey. « Dans les discours des élus, on décèle une volonté de recréer des emplois ici mais dans les faits la situation a du mal à se déboucher » conclut le directeur en rappelant qu’il n’a pas d’engagement contractuel de trouver des acheteurs à ses terrains vides : « on n’a pas besoin de vendre mais on a le souhait de créer de l’emploi » dit-il, comme un slogan. Pour y parvenir, sa convention avec l’État a été prolongée d’un an, jusqu’en juillet 2018. Il sera alors temps de faire un nouveau bilan…

Olivier Collet et Mathieu Giua

Olivier De Chassey confirme aussi qu’un projet de centre commercial a été envisagé à un moment mais qu’il n »était finalement pas très pertinent pour cette zone. Alors qu’une intersyndicale avait poussé pour que le site accueille des professionnels de l’aéronautique, le directeur estime qu’il n’y avait pas assez de demandes dans la région pour assurer un bon développement dans ce domaine. Cela dit, il n’est « pas fermé. »