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Un an de plus pour réindustrialiser le site Michelin de Joué-lès-Tours

L’installation d’une filière autour du bâtiment d’excellence est à l’étude.

C’est le dernier grand espace de la métropole de Tours où l’on peut imaginer de vastes installations d’entreprises, et donc d’importantes créations d’emplois. En tout cas, dans le secteur industriel. Depuis 3 ans et demi, le site Michelin de Joué-lès-Tours (qui borde le périphérique, face au Lac des Bretonnières) entame sa (lente) reconversion. Une mutation forcée après la suppression de 700 emplois par le fabricant de pneus, ce dernier s’étant néanmoins engagé à participer à la création de 848 nouveaux postes dans la région (là où il avait ses activités, ou ailleurs).

La destruction des anciens bâtiments de Michelin est désormais achevée. A leur place, la construction de la future centrale biomasse de Joué-lès-Tours a débuté (elle emploiera 25 personnes). Mais autour, on a encore de très vastes terrains vagues. Que va-t-il s’y construire ? La question alimente les débats depuis des mois avec son lot de rumeurs, de coups de bluff et de mystères. A un moment, et selon des informations concordantes, un projet de centre commercial a été envisagé. Niet, l’objectif officiel est bien de faire venir des activités industrielles. Donc pas de quartier d’habitation non plus, même si d’aucuns prêtent un tel souhait à des élus (le maire de Joué dément catégoriquement).

5ha pour le bâtiment d’excellence ?

Sauf que les usines, pour l’instant, personne ne les voit venir… Pourtant, Michelin travaille, propose, prospecte. Différents acteurs s’accordent à souligner son volontarisme. Des démarches en lien avec la préfecture d’Indre-et-Loire, les élus, une intersyndicale et même – récemment – les services de l’Elysée. On le sait : plusieurs projets ont été sur le point d’aboutir, notamment dans le secteur de l’environnement, ou en provenance de jeunes pousses (des startups), de la région et d’ailleurs. De son côté, l’intersyndicale propose depuis plus d’un an de construire des bâtiments à louer à des entreprises du secteur de l’aéronautique qui sont en plein développement et ont déjà un pied dans le Val de Loire (TLD à Sorigny, des filières de formation dans les lycées…). Mais ça ne prend pas non plus.

Cependant, ces dernières semaines, le dossier a été rouvert et les choses semblent se préciser… Tout cela grâce à une manœuvre administrative capitale : une prolongation d’un an de la convention pour réindustrialiser le site Michelin. L’intersyndicale demandait au moins 6 mois, la durée a donc été doublée. C’est capital car cela veut dire que pendant tout ce temps, on ne pourra rien envisager d’autre que des installations industrielles sur ce terrain. Et ce n’était pas forcément le scénario préféré de la métropole… Il semble que l’Etat veuille donner à Michelin toutes les chances de réussir.

Déjà 690 emplois recréés sur 848

L’entreprise a d’ailleurs déjà rempli une bonne part de son contrat : sur un objectif initial de 848 emplois à recréer, elle a facilité le recrutement de 690 personnes « des emplois essentiellement dans le secteur industriel, dans des entreprises de l’ensemble du département avec une prédominance pour l’agglomération tourangelle » indique la préfecture d’Indre-et-Loire qui refuse d’en dire plus, arguant que la liste des sociétés concernées est confidentielle (donc on ne saura pas de quels types de contrats il s’agit, ni la nature des postes…).

Pour le reste, « Michelin a mis en place un nouveau projet en train d’être finalisé notamment pour son financement. Il s’agirait d’une filière autour du bâtiment d’excellence sur 5ha » nous explique un proche du dossier qui précise qu’un cabinet d’expertise suit les discussions qui doivent se poursuivre jusqu’en septembre. L’enjeu : convaincre des investisseurs. Pour cela, « beaucoup de personnes ont été contactées de la préfecture au Medef en passant par la Chambre de Commerce et d’Industrie. Nous avons aussi rencontré les députées Sophie Auconie et Fabienne Colboc et avons eu un rendez-vous au Ministère de l’Economie. Seul le président de la Métropole résiste et refuse d’en parler avec nous » indique un membre de l’intersyndicale, inquiet : « on n’arrive pas à savoir s’il veut vraiment réindustrialiser. D’autant qu’avec le maire de Joué ils ont un droit de veto et peuvent refuser des propositions. »

Michelin muet

A la rentrée, une réunion sur le futur du site Michelin pourrait être organiser pour rassembler l’ensemble des acteurs concernés. L’occasion pour l’intersyndicale de plaider une nouvelle fois pour la construction de bâtiments à louer à des entreprises en demande : « le site nu reste un handicap pour les investisseurs. La plupart du temps ils veulent des locaux prêts à utiliser. Les collectivités pourraient les construire comme cela a été fait pour TLD à Sorigny. » De son côté, Michelin prépare l’inauguration de sa nouvelle usine pour début octobre à Joué-lès-Tours. On espère à ce moment-là que le groupe fournira quelques réponses car, pour l’instant et malgré de multiples relances, il refuse toujours de répondre à nos questions…

Olivier COLLET