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LEGISLATIVES : Sophie Auconie souffle le chaud et le froid

Opposée à Marisol Touraine, la candidate LR-UDI du Lochois a des amis, de nouveaux alliés et des ennemis.

Une jolie photo peut-elle sauver une campagne et stopper une dynamique ? Dans le monde politique de 2017, rien n’est moins sûr. Pourtant, la simple photo d’Emmanuel Macron sur les affiches des candidats La République En Marche (LREM) a permis à ces derniers de faire des (très) bons scores au 1er tour des législatives dimanche dernier en Indre-et-Loire. Alors Sophie Auconie qui se présente au nom de l’alliance LR-UDI dans la 3ème circonscription (St Avertin, Chambray, Montbazon, Loches…) sort aussi sa carte « VIP » pour finir sa campagne sur une bonne dynamique. Son coup : sortir l’ancien ministre Jean-Louis Borloo de sa retraite politique, d’autant qu’il a ouvertement soutenu le nouveau locataire de l’Elysée.

Le fondateur de l’UDI est donc venu à St Avertin ce jeudi. Une visite éclair avant une étape à Alençon, donc juste pour la photo et le buffet au bord de l’eau. Il devait aller « sentir le terrain » sur le marché de Chambray-lès-Tours mais un détour impromptu par Orléans et des embouteillages ont entraîné un changement de plan. Attendu en Touraine à 11h15 puis 12h, puis 12h30, puis 12h45… Jean-Louis Borloo est arrivé à 13h15. Sophie Auconie a même dû envisager de décaler un peu son débat télévisé avec Marisol Touraine prévu dans l’après-midi pour passer suffisamment de temps avec lui.

Mais bon, l’essentiel est là : Jean-Louis Borloo vient distiller blagues et compliments. « Quelle mine bronzée ! Tu es sûre que tu as fait campagne ? » s’amuse-t-il auprès de la candidate à peine descendu de voiture, la veste sur l’épaule avant de lui transmettre le bonjour de Guillaume Peltier (ancien tourangeau de la droite forte exilé en Loir-et-Cher) « qui t’adore ». Marqué par l’âge, celui qui reste une figure du centre n’a pas perdu sa spontanéité. Impatient de manger, faussement offusqué à l’évocation des mots « conférence de presse », il se prête au petit jeu du discours devant une assemblée de soutiens convaincus (avec Gérard Dubois le suppléant de Sophie Auconie mais aussi le maire de St Avertin, l’UDI Alain Guillemin, et le président du Conseil Départemental Jean-Gérard Paumier).

« Il y a la modernité d’apparence et la vraie modernité » explique ainsi Jean-Louis Borloo persuadé qu’à l’Assemblée « Sophie » « ne se fera pas balader. » Et si il repart avec du vin en cadeau, le fondateur de l’UDI est venu avec un présent sans doute encore plus précieux : « j’ai reçu un message de l’équipe du premier ministre, tu devrais recevoir un message tout à l’heure » promet-il. Un soutien officiel venu du gouvernement face à une Marisol Touraine se réclamant « de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron » contre qui le mouvement du président n’a présenté personne pour lui laisser une chance ? De l’or en barre pour remonter 8 points de retard dans les urnes dimanche (Sophie Auconie a fait 20% au 1er tour, Marisol Touraine 28%).

Sophie Auconie c’est aujourd’hui le dernier espoir de la droite tourangelle pour avoir une présence à l’Assemblée Nationale jusqu’en 2022. Clairement, Claude Greff (Amboise…), Hervé Novelli (Chinon, Joué) et Fabrice Boigard (St-Cyr-sur-Loire, Langeais…) sont en mauvaise posture avec quinze points de retard sur les partisans du chef de l’Etat. Et on ne parle pas de Céline Ballesteros, 4ème à Tours et éliminée (et qui espère qu’on aille pas trop chercher le pourquoi du comment tout de suite). « On a connu des jours meilleurs » commente sobrement Jean-Gérard Paumier qui fait le job en se montrant sur le terrain, pour limiter la casse, aussi.

Si elle l’emporte dimanche (ce qui n’est pas impossible), Sophie Auconie assurera donc sa légitimité auprès de ses partenaires politiques (malgré un contexte de forte abstention et, sans doute, avec beaucoup de votes blancs qu’elle ne pourra pas ignorer). Elle, l’actuelle présidente de l’UDI37 désavouée aux régionales de 2015 et sortie de la liste se retrouvant de nouveau en haut de l’affiche… Une revanche ? « Non » assure-t-elle, « les planètes se sont alignées. » Elle se doit d’être humble car, autour, les météorites grondent. Marc Angenault, maire de Loches et candidat LR dissident, n’appelle pas à voter pour elle et quitte son parti. Comportement indigne d’un homme de droite selon Sophie Auconie convaincue que ses électeurs se reporteront quand même sur elle.

Pendant ce temps, dans un communiqué avec le logo LR bien en évidence, Claude Thomas « encore pour le moment » secrétaire départemental adjoint du parti sur le Lochois dénonce ses tentatives de marchandage pour obtenir un soutien officiel d’LREM estimant que la candidat « ajoute à sa versatilité la tromperie voire la trahison. Elle varie au gré des tendances et des opportunités. » De quel soutien parle-t-on ? De celui de certains comités locaux d’En Marche comme Chambray-lès-Tours (moins la voix de Christian Gatard, le maire de la ville) mais pas des instances officielles du mouvement dans le département ni d’autres comités comme St Avertin et Monts qui sont derrière Marisol Touraine.

En attendant Jean-Louis Borloo, Sylvain Coigneau, le représentant d’En Marche Chambray est donc choyé par les équipes de Sophie Auconie. Prise de guerre, sa présence est précieuse. Elle symbolise aussi la petite pagaille déclenchée au sein des Macronistes tourangeaux… Car Philippe Chalumeau (N°1 d’En Marche 37 et bien placé pour être élu député de Tours) a apporté son soutien à Marisol Touraine. Seul. « Les résultats lui ont peut-être monté à la tête et fait pousser des ailes. Nous comptons bien le ramener à la vérité démocratique républicaine. Il a outrepassé ses droits et est allé à l’encontre d’une décision collégiale. C’est inacceptable, intolérable, inexcusable » souligne l’homme qui a désormais hâte que son mouvement se structure en parti pour recevoir des consignes claires et ne plus naviguer à vue.

Mais si une partie de La République En Marche fait route côte à côte avec Sophie Auconie aujourd’hui et que celle-ci s’en félicite, ce n’est que pour la circonstance et elle compte bien faire partie d’un groupe sous étiquette UDI exclusive à l’Assemblée (bye bye LR). De quoi lui permettre, espère-t-elle, de peser sur la future réforme du droit du travail, sur les questions relatives aux retraites, ou à l’agriculture. A noter : si elle est élue sur le Lochois, elle ne démissionnera pas pour autant de son poste au conseil municipal de Tours « car il me permet d’être élue métropolitaine ce qui est important pour mon territoire. » Message subliminal : un pied à Paris, un autre en Lochois mais un œil toujours avisé à Tours. Question d’influence. Sophie Auconie est en mesure de retrouver pleinement la sienne, elle n’est pas décidée à laisser passer l’occasion même si ça râle sec derrière elle.