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LEGISLATIVES : Les ambitions des candidats Macronistes

Daniel Labaronne vise la prestigieuse commission des finances, Fabienne Colboc se voit bien aux affaires sociales.

Ils ont le triomphe modeste mais, entre les lignes, ils s’y voient déjà. Avec chacun 16 points d’avance sur leur adversaire au premier tour des élections législatives ce 11 juin, Daniel Labaronne et Fabienne Colboc, candidats pour La République En Marche (le parti du président Macron) sont les favoris du second tour de dimanche. Pour cette deuxième manche ils sont face, respectivement, à Claude Greff (LR-UDI) dans la 2ème circonscription (Amboise, Château-Renault, Bléré…) et face à Hervé Novelli (LR-UDI, aussi), dans la 4ème (Chinon, Joué-lès-Tours, La Riche…).

« Je suis impressionné par le résultat, avec mes 17 000 voix contre un peu moins de 10 000 pour Claude Greff » commente, à froid, Daniel Labaronne. Modeste ? Oui et non : « sur les 14 candidats, j’étais le seul maire ce qui me donne une visibilité relativement forte. Mon action est reconnue et plutôt appréciée dans mon environnement. J’incarne aussi parfaitement la démarche d’Emmanuel Macron et j’ai été le 1er élu d’Indre-et-Loire à le parrainer. Les électeurs m’ont donc identifié comme étant un pur produit de la Macronie. »

Cela dit, à 61 ans, Daniel Labaronne n’est pas totalement un novice en politique. Il n’a pas complètement le profil du renouveau prôné pour les futurs élus mais il s’en défend : « j’ai été au conseil municipal de Tours dans les années 80 puis j’ai abandonné toute activité politique jusqu’à mon élection à Bléré en 2014. Je ne suis élu que depuis 3 ans alors que Claude Greff postule pour un 4ème mandat et a pâti de cette situation. » Le maire de Bléré en profite pour promettre qu’il ne fera pas plus de deux mandats au Palais Bourbon : « j’aspire à une retraite auprès de mes petits enfants et j’aspire à écrire un manuel d’économie qui soit un best seller. » Rien de moins.

Daniel Labaronne est donc clair : à l’Assemblée, il veut travailler sur l’économie, « dans la commission des finances certainement » (la plus prestigieuse de toutes) « mais j’aurais également un œil attentif sur l’agriculture et la viticulture car je suis fils et frère d’agriculteur. » S’il ne compte pas arrêter toutes ses activités annexes et espère pouvoir conserver un mi-temps pour enseigner à la fac, l’actuel maire de Bléré commence aussi à avoir une idée de la façon dont il va organiser son mandat : « il faudra mettre en place des ateliers participatifs. Je suis frappé de voir comment le monde politique ne considère plus les individus. Ils ont pourtant des choses à dire peut-être plus intelligentes que les nôtres. » Charge tout de même à lui de réussir à y attirer des citoyens qui ne sont pas seulement ses partisans, sinon les débats risquent de tourner court.

A la sortie d’un rendez-vous dans une entreprise du Chinonais, Fabienne Colboc tient un discours assez similaire, nous laissant presque penser qu’on entend là quelques éléments de langage téléguidés : « j’imagine la création d’une assemblée citoyenne, pour faire du participatif. Que les Tourangeaux puissent découvrir avec moi, pas à pas, ce renouveau politique. C’est ça aussi les nouveaux usages, être continuellement en partage de la vie de l’Assemblée, discuter. » Contrairement à son possible futur collègue du Palais Bourbon, elle promet d’être « 100% députée » et ne compte pas se présenter à un autre mandat dans les 5 ans qui viennent, en tout cas pour l’instant. Son objectif : éventuellement la commission des affaires sociales : « j’ai vraiment envie de faire du travail de terrain sur l’emploi » souligne Fabienne Colboc, prête à aller expliquer la future loi Travail partout dans la circonscription (bon courage !).

« Je sens une volonté de renouveau politique et de mettre en place le programme de notre président. J’ai fait une campagne de terrain de 4 semaines, j’ai rencontré plein de gens. Je ne savais pas du tout ce que cela ferait. Alors je vis tout cela avec beaucoup d’énergie » poursuit-t-elle pour analyser la dynamique autour de son nom dans les urnes : « j’ai un agenda bien rempli en ce moment, si ça pouvait durer 5 ans comme ça je serai ravie ! »

Mais novice en politique, elle le sait, elle va avoir des choses à apprendre. Gérer les médias par exemple. Un peu hésitante ou confuse lors de notre entretien, elle a encore en travers de la gorge le bad buzz autour de son débat raté sur France 3 : «  les débats je n’ai jamais aimé ça, j’en ai rarement regardé, je n’ai jamais appris grand-chose. J’ai juste regardé le débat Macron-Le Pen. Mais en groupe, sinon je ne l’aurais jamais fait. » Une réponse qui sent un peu la méthode Coué. Elle poursuit : « Je pense que ça s’apprend avec le temps. Aujourd’hui je suis en repérage, le temps du débat viendra après. » Et d’ironiser sur la polémique : « ça m’a galvanisée, donné une notoriété insoupçonnée. C’est génial ! » En vrai, elle est blessée : « on est passé du désagréable au grotesque. Qui le prendrait bien ? En même temps ça ne m’abat pas, j’ai reçu beaucoup de messages de soutien. »

De cette mésaventure, Fabienne Colboc retient une leçon : « bien m’entourer ce sera la priorité. Je veux des pros, des jeunes compétents, des gens qui pensent pour moi, mais je n’ai pas encore fait de repérages » assure-t-elle. De son côté, Daniel Labaronne explique avoir reçu de nombreux CV d’assistants parlementaires « avec 15 ans d’expérience », « mais ça me fait peur. Alors que parmi les bénévoles autour de moi, il y a des jeunes avec un gros potentiel qui peuvent avoir le profil, même si je ne connais pas encore le bon profil. Si on me dit que le bon profil c’est l’expérience, je reverrais peut-être ma position mais je préfère des gens avec un regard nouveau, positif. »

Autrement dit : s’entourer de gens du cru, plutôt que d’experts de la politique qui pourraient être imposés par un état major. Car c’est vrai que c’est un peu l’inquiétude que l’on peut avoir avec ces nouveaux députés inexpérimentés : comment vont-ils travailler, quelle marge de manœuvre vont-ils avoir pour faire entendre leur voix ? « Faut être conseillé. Je ne suis pas une députée autonome, qui va décider toute seule » annonce Fabienne Colboc avant de se reprendre devant notre demande d’éclaircissement : « Emmanuel Macron fait des propositions, nous on remontera en commission ce qui sera adaptable ou pas. On le voit bien dans les discussions : on aura notre mot à dire. Le programme est parti du terrain. Si vraiment on n’avait pas la possibilité de dire les choses, est-ce que je ferai autant de terrain ? Est-ce que je m’embêterai à rencontrer autant de personnes ? »

Même agacement pour Daniel Labaronne : « il y aura une pluralité politique car les candidats sont d’origine politique différente. Il y a déjà l’expression d’une mosaïque. Alors maintenant est-ce que ce sera chahuteux ou silencieux ? » Il tente une réponse à la question : « à mon âge, vu mon parcours, je ne pense pas qu’on m’impose le silence. Ce ne serait pas productif pour le travail législatif, la diversité est source de richesse. Il faudra être respectueux du contrat mais à l’intérieur de ce cadre il faudra respecter, écouter, considérer l’opposition.  On ne nous imposera pas le garde à vous. »