St-Pierre-des-Corps

St-Pierre-des-Corps : une élue séquestrée pour une histoire d’amour

Mounia Haddad aurait été enlevée par 4 membres de sa famille. Un procès est prévu le 2 août.

Mounia Haddad a 29 ans et travaillait aux urgences du CHU de Tours avant de quitter son poste récemment. D’abord classée à l’UDI, aujourd’hui proche des Macronistes, elle est élue d’opposition à la mairie de St-Pierre-des-Corps depuis 2014. Par ailleurs, depuis 2015, elle est conseillère départementale du canton de St Avertin / St-Pierre-des-Corps, en binôme avec le président de l’institution Jean-Gérard Paumier. Définie comme « discrète » mais « sérieuse » elle fait relativement peu parler d’elle en séance publique tout en suivant de près différents dossiers, sur la jeunesse ou en tant qu’administratrice du bailleur social Val Touraine Habitat.

Cette semaine, elle se retrouve à la Une de l’actualité tourangelle dans la rubrique faits divers pour une affaire rocambolesque où il est question d’enlèvement, de séquestration et de menaces de mort.

Tout serait parti d’une histoire d’amour mal acceptée… Depuis un certain temps, Mounia Haddad est en couple avec un homme et a récemment envisagé de l’épouser. Cette perspective aurait déplu à sa famille en raison des origines du futur marié. Pour faire pression, des proches seraient venus enlever l’élue le 18 juillet devant le domicile de son compagnon dans les Alpes Maritimes, avant de ramener la jeune femme jusqu’à St-Pierre-des-Corps.

Des tensions qui duraient depuis un moment

Le 19 juillet, la police intervient pour une bagarre en pleine rue entre les familles des deux amants… Les forces de l’ordre en viennent à visiter l’appartement des Haddad et découvrent Mounia, qui dit être retenue contre son gré. Depuis, son père et deux de ses oncles sont mis en examen pour enlèvement et séquestration. Placés sous contrôle judiciaire, ils ont interdiction d’entrer en contact avec la victime présumée et seront jugés le 2 août à Tours aux côtés du frère de la jeune femme poursuivi pour menaces de mort écrites. Les peines encourues vont de 3 à 5 ans de prison.

Si cette affaire prend une telle ampleur dans la presse, c’est parce qu’elle concerne une élue de la République. Mais au-delà de Mounia Haddad, ce sont probablement d’autres femmes et hommes qui sont victimes de pressions parce que leurs choix amoureux déplaisent. Dans le cas de la Corpopétrussienne, les difficultés auraient commencé il y a déjà quelques temps, au point que l’on évoque une tentative de ses proches de lui organiser un mariage en Algérie : « je savais qu’il y avait un souci mais je ne pensais pas que c’était d’une telle ampleur » réagit ce mercredi la maire de St-Pierre-des-Corps, Marie-France Beaufils. « Mounia a le droit de vivre la vie qu’elle a choisi. Elle est majeure, elle n’a pas à solliciter d’autorisation de ses parents. Toute jeune femme, tout jeune homme doit pouvoir choisir la personne avec qui il veut vivre. C’est inouï d’avoir encore ce type de situation à gérer » ajoute l’élue communiste.

Une jeune femme « inquiète » et « apeurée »

Au Conseil Départemental, Jean-Gérard Paumier était au courant des difficultés de sa collègue : « elle avait pris un peu de recul, et chacun comprend pourquoi » commente sobrement l’élu Les Républicains. « Il y a une caisse de résonnance parce qu’elle est élue mais c’est avant tout une affaire privée » ajoute-t-il en demandant de la « pudeur ».

L’avocat de Mounia Haddad, Abed Benjador appelle également à « dépassionner » le débat et à ne « pas faire d’amalgame. » « Ma cliente est extrêmement triste de la situation, elle est apeurée et inquiète des conséquences de cette procédure. Malgré cela, elle est déterminée à essayer de retrouver le cours normal de sa vie et de ses responsabilités » dit-il. Actuellement loin de la Touraine, l’élue n’a pas encore décidé si elle serait présente au tribunal le 2 août lors du jugement de l’affaire. Elle s’est néanmoins constituée partie civile.

Olivier Collet