Portraits

La grande aventure canadienne d’une créatrice de mode tourangelle

Chantelle Lecourt doit présenter ses vêtements à la fashion week de Vancouver en septembre.

Elle n’a peut-être « que » 400 abonnés sur Instagram, mais ça suffit pour être remarquée de l’autre côté de l’Atlantique… Il y a deux mois, Chantelle Lecourt a été contactée par les organisateurs de la fashion week de Vancouver, directement via le réseau social : « ils m’ont dit qu’ils avaient bien accroché sur mon travail, que mon style et mon univers décalé leur plaisaient bien. Ils cherchent de jeunes créateurs, et ils étaient impressionnés que j’ai déjà fait tant de choses alors que je n’en suis qu’aux débuts de mon entreprise. »

Il faut dire que la mode accompagne la jeune tourangelle depuis ses premiers pas : « je ne me suis jamais posée de questions, j’ai toujours beaucoup dessiné et fait plein de choses avec mes mains. » Comme si elle avait ça dans le sang : « mes deux arrières grand mères avant la passion de la couture, dont une qui était petite main chez Guerlain et l’autre qui rêvait de travailler dans ce milieu. Mais finalement elle a repris l’élevage caprin familial où travaillent mes parents aujourd’hui. »

Une formation à Tours et St-Cyr-sur-Loire

Cette ferme, elle est à Manthelan dans le Sud de l’Indre-et-Loire. C’est également le camp de base de Chantelle Lecourt, là où elle a installé son atelier. Elle y fait tout : le dessin, la couture… Elle n’est pas seulement styliste, mais créatrice de A à Z. Sa marque est complètement le fruit de sa personnalité, de son esprit, de ses envies, de ses folies. Elle l’a baptisé Channy : « c’est mon surnom depuis toute petite, après un voyage de mes parents en Australie. Au départ je voulais l’appeler Chantelle mais je ne voulais pas de problèmes avec une autre marque bien connue. »

Comme un autre créateur tourangeau qui a le même âge qu’elle – Sami Nouri –, Chantelle Lecourt s’est formée en Indre-et-Loire : bac pro Métiers de la Mode au lycée Clouet, puis 2 ans de formation et un service civique au CFAM de St-Cyr-sur-Loire. C’est après ce cursus qu’elle a créé sa marque, officiellement lancée fin 2017 mais sur les rails depuis bien deux ans, avec de premiers défilés.

Des créations rock, classe et sur-mesure

« Définir son style n’est jamais facile mais je dirais que j’aime bien le côté chic, toujours avec une pointe de rock » explique la créatrice. « Mes vêtements sont assez asymétriques, assez déstructurés, décalés mais toujours en restant assez classe. Je privilégie les contrastes, par exemple la rigidité du cuir et la transparence d’une soie imprimée. » Chantelle Lecourt attache beaucoup d’importance au choix de ses matières premières, qu’elle repère petit à petit en développant son réseau ou en voyageant : « par exemple ma soie est lyonnaise, colorée à la main. »

Autre particularité de Chantelle et de Channy : tout est sur-mesure. « J’ai beau faire une taille standard, je ne trouve jamais quelque chose qui me va aussi bien que ce que je voudrais quand je fais les magasins » nous dit-elle, en insistant sur son côté perfectionniste. « Tout le monde ne peut pas se l’offrir, mais c’est toujours plus agréable de porter quelque chose fait pour soi. C’est un luxe qui me plait bien. » Ainsi, il faut parfois une trentaine d’heures pour confectionner une seule pièce : « dans mon idée, je rencontre la personne, on discute, je fais des croquis, elle choisit, je prends les mesures, je fais les patrons adaptés à sa taille puis la couture et des essayages progressifs jusqu’à la finalité du vêtement. »

Une première collection complète prévue pour 2019

Encore au début de son aventure professionnelle, la créatrice de Manthelan ne vit pas encore complètement de sa marque et travaille une quinzaine d’heures à côté, mais les commandes ont tendance à grimper. Et quand elle ne coud pas pour sa clientèle, elle s’attèle à la création de sa première collection soit 30 à 40 tenues qu’elle espère pouvoir présenter lors d’un grand défilé début 2019 : des vêtements pour la femme, ou pour l’homme : « j’ai toujours inclus l’homme car c’est un secteur qui n’est pas assez fourni, et j’ai toujours eu plus de demandes que pour la femme. C’est juste compliqué, il faut jauger l’originalité pour ne pas être dans le ‘trop’. »

De l’homme, Chantelle en présentera au Canada parmi ses dernières productions. Au total, elle doit mettre au point 12 tenues avant son décollage programmé le 16 septembre. Pour l’accompagner, elle prévoit de partir avec ses deux égéries, des mannequins tourangeaux femme et homme. Un voyage pour lequel elle a lancé un financement participatif qui s’achève dans quelques jours et qui est accessible via ce lien.

Ce show sera son premier grand plongeon dans l’univers de la mode, et sans doute pas le dernier : « après Vancouver, j’ai été sollicitée par la fashion week de Las Vegas. Je ne pouvais pas y aller, c’était trop court, mais je me suis dit « ah, ça y est, dès qu’on est dans les petits papiers tout le monde nous sollicite’ »… et ce n’est pas pour lui déplaire. Cependant, la designeuse ne veut pas brûler les étapes : « comme je suis toute seule pour l’instant, il ne faut pas que ça aille trop vite, je ne pourrais pas gérer. Je cherche donc d’abord des clients réguliers, ensuite j’aimerais m’entourer, créer une petite maison de couture avec des couturières formées à l’image de ma marque et de mon entreprise. J’ai des idées précises, et je n’en démords pas. »

Olivier Collet

Le compte Instagram de Channy.