Indre-et-Loire

"Je fais grève pour les patients" : Mobilisation à Tours pour sauver les urgences

Journée de manifestation nationale ce mardi pour dénoncer les conditions de travail dans les hôpitaux. A Tours, ils se sont réunis place Jean Jaurès.

Sous le soleil de la place Jean Jaurès de Tours, les soignants du CHU mais aussi des hôpitaux de Chinon, Amboise ou Loches se sont rassemblés pour protester contre leurs conditions de travail.On comptait une cinquantaine de personnes.

Parmi leurs revendications : l’arrêt des fermetures de services et des lits, un financement supplémentaire ou encore une augmentation des effectifs. Cette mobilisation nationale a été suivie dans toute la France et ce malgré l’annonce d’Agnès Buzyn, ministre de la santé, d’un déblocage de 70 millions d’euros dont 55 millions pour financer une prime de risque de 100 euros net mensuels pour les 30 000 personnels (hors médecins) des urgences.

Témoignages du quotidien de celles et ceux qui nous soignent...

Cathy – infirmière aux urgences de nuit à Tours :

"Je fais grève pour les patients. C’est ma motivation principale. Quand les patients seront bien soignés, j’aurai la sensation d’avoir fait mon travail. Pour l’instant, quand je débauche, je n’ai pas la sensation du travail accompli. Je pars en laissant du boulot à mes collègues. J’ai l’impression de ne pas avoir soigné des gens dans des conditions normales.

Plus ça va, plus j’ai des collègues qui sont en train de craquer. Il y a des arrêts maladies qui ne sont pas remplacés et ce sont qui restent qui font le travail des absents. Si ça continue, on va tous finir par vraiment s’épuiser.

On peut tous être confronté un jour à ces problèmes des urgences. Ça peut être nous, nos enfants, nos grands-parents, notre mari…"

 

Julien – infirmier aux urgences de nuit à Tours :

"Quand on est gréviste à l’hôpital, on fait grève sur nos temps de repos. Nous n’avons pas le droit de quitter nos postes. J’ai travaillé la nuit dernière et je travaille ce soir. Personne ici n’est là au lieu de soigner les patients. On est comptabilisé comme gréviste mais on travaille quand même. C’est pour ça que c’est difficile pour nous de se faire entendre.

Aujourd’hui, aux urgences, ça ne va pas bien. On ne va pas bien parce qu’on ne peut pas faire notre travail correctement. J’ai du mal à trouver ce que je fais suffisamment gratifiant pour que ce soit quelque chose qui me permette d’aller bien au quotidien.

J’aime mon métier mais je n’arrive plus à soigner les gens. Quand je rentre chez moi après une nuit de 10 heures, que j’ai vu 80 patients dans la nuit et que j’ai l’impression de ne rien avoir fait de correct pour eux parce que je n’en ai pas les moyen… Moralement c’est compliqué à gérer. 

Les 100 euros promis par Agnès Buzyn ne vont pas résoudre le problème du manque de personnel et la réouverture des lits qui ont déjà été fermés. On ne demande pas l’aumône. On veut juste bien faire notre travail."

 

Cécile – infirmière aux urgences de nuit à Tours :

"Je suis fatiguée. Comme on est fatigué, on a moins envie de sortir, de faire du sport… Physiquement c’est dur, on a mal au dos… ça empiète sur notre vie de tous les jours. On n’est pas assez nombreux. Les remplacements sont fait par des gens qui ne sont pas du service et qui ne connaissent donc pas le service.

Dimanche soir, par exemple, entre 21h et 7h, on a géré une cinquantaine de patients, ce qui fait à peine 10 minutes par personne. On a une épée de Damoclès au-dessus de notre tête : je sais qu’il ne faut absolument pas que je loupe quelque chose, et comme je n’ai pas beaucoup de temps, c’est compliqué. Heureusement qu’il y a un bel esprit d’équipe qui fait qu’on s’en sort mais moralement c’est dur.

Je n’ai pas le sentiment du travail bien accompli… L’autre jour j’ai accueilli un patient de plus de 80 ans qui venait à cause d’une déshydratation, ça faisait plus de 6h qu’il attendait.

Quand je me suis lancée pour faire ce travail, je ne m’attendais pas à ça."