Indre-et-Loire

Village des Marques ou pas Village des Marques ? Verdict ce jeudi à Paris

La Commission Nationale d’Aménagement Commercial se penche sur le projet de Sorigny.

C’est une réunion importante qui se déroule dans la capitale ce 22 novembre : une Commission Nationale d’Aménagement Commercial va débattre du projet de Village des Marques envisagé sur la commune de Sorigny. C’est elle qui dira si – oui ou non – on peut construire un centre commercial d’environ 120 boutiques promettant des articles dégriffés de collections passées à la sortie de l’A10. L’objectif est d’attirer sur place jusqu’à 2 millions de visiteurs par an pour un chiffre d’affaire estimé de 76 millions d’euros et 600 créations d’emplois directs ou indirects.

Nops précédents articles sur le Village des Marques sont ici

Depuis sa révélation en juin, ce projet divise : plutôt populaire au sein de la population, il inquiète une partie des élus et des commerçants de Tours Métropole (mais aussi de Châtellerault) préoccupés pour l’avenir des commerces de centre-ville. Parallèlement, les écologistes dénoncent un projet d’un monde du passé pensé pour la société du tout-voiture. Des arguments qui n’ont rassemblé que quelques dizaines de personnes dans la rue lors de manifestations à Tours et dans la Vienne mais qui ont pesé : la Commission Départementale d’Aménagement Commercial a, dans un premier temps, refusé d’autoriser les travaux. Par la suite, le promoteur a fait un recours au niveau national, d’où la réunion programmée ce jeudi.

A Tours Métropole, un vote organisé cet automne s’est lui aussi soldé par un refus du projet… à quelques exceptions près, dont une, notable : la voix du vice-président en charge des affaires économiques Thibault Coulon. L’élu LR qui suit aussi les questions d’enseignement supérieur et d’apprentissage estime « qu’on ne peut pas cracher sur 600 emplois. Cela peut intéresser beaucoup de jeunes du territoire alors que nous avons une filière Vente au CFA. »

Voir notre article sur l'étude d'impact économique du projet

Pour Thibault Coulon, l’argument voulant que le Loire Valley Market accélère la chute des petits commerces ne tient pas : « leurs inquiétudes sont légitimes mais aujourd’hui c’est le commerce électronique qui reprend une partie du flux » Néanmoins, il ne veut pas laisser les choses se faire sans garanties : « d’abord il faudra respecter ce qu’est un Village des Marques, c’est-à-dire des boutiques qui vendent des articles de collections précédentes. Il faudra le contrôler et le mesure car il y a des dérives. Il faudra aussi travailler sur une offre plus vaste en proposant des packages pour les touristes, avec une présence de l’Office du Tourisme de Tours au cœur des boutiques. On pourrait proposer des packages avec une matinée shopping et une visite de Villandry ou un tour sur la Loire. On peut inventer cela. »

L’idée de l’élu est donc de retenir un peu plus longtemps des personnes attirées par le lèche-vitrines (dont le panier moyen sur place pourrait être de 150€) : « pour manger ou dormir ils seront obligés de sortir du Village des Marques ce qui sera bénéfique pour les autres acteurs économiques. On devra également proposer une offre de transport dans ce package. » Enfin, Thibault Coulon propose que « les personnes dont les emplois sont fragilisés dans le commerce puissent être prioritaires pour être embauchées au Village des Marques » et se dit convaincu que, si l’idée échoue en Touraine, elle sera acceptée par un département voisin au détriment de l’Indre-et-Loire qui n’en subirait alors que les aspects négatifs.

La députée du Lochois Sophioe Auconie - dont la circonscription englobe Sorigny - a elle rencontré le promoteur du projet lundi. Contre au départ, elle est désormais pour : "J'ai demandé au promoteur, qui l'a accepté et s'y est engagé, d'accompagner les commerçants fléchés comme potentiellement fragilisés par ce projet dans le cadre légal auquel ils sont assujettis. Ce projet peut se révéler structurant pour nos territoires de Touraine à la condition expresse d'une synergie de tous les partenaires. Il pourrait permettre un développement commercial, économique, touristique et culturel important si ce projet s'appuie sur les commerces déjà en place au travers de différents parcours découvertes de notre département proposés aux touristes sur le site comme l'a proposé le promoteur du projet. Je veillerai à ce que notre dialogue aboutisse à un consensus local solide pour que chacun y trouve son compte. Cela commencera par une rencontre des commerçants, des élus locaux avec le promoteur."

Pour bien comprendre le débat, lire notre article long forma sur 37 degrés

A l’occasion du vote de la CNAC, les écologistes aussi ont avancé leurs arguments. Dans une tribune publiée par Le Huffington Post, le député européen Yannick Jadot et des Tourangeaux comme Emmanuel Denis, Didier Vallée, Alix Téry-Verbe ou Charles Fournier écrivent : « d'un point de vue environnemental, ce genre de centres commerciaux sont des boutiques de "fast fringues et de fast-food", avec des vêtements qui ont traversé la planète et qui ont été produits dans des conditions sociales détestables avec une main d'œuvre sous payée et exposée à de multiples risques. Trop peu de consommateurs savent aussi que la branche textile est la seconde industrie mondiale la plus polluante après le pétrole. »

Autre argument de leur texte : « ces villages de marques contribuent à la surconsommation au moment où, pour des raisons environnementales mais aussi économiques, il faudrait promouvoir au contraire moins d'achats mais de meilleure qualité pour moins d'impacts socio-environnementaux. Il s'agit là d'un vrai enjeu sociétal : chaque Français selon l'ADEME consomme aujourd'hui 60% de textile de plus par rapport à 2002. »

D'ailleurs, pour dénoncer la surconsommation, les écologistes annoncent un Climate Friday ce vendredi à Tours, en opposition à la grosse opération commerciale d'avant Noël baptisée le Black Friday. Ils manifesteront à 17h30 Place Jean Jaurès avec une distribution de soupe.

Olivier Collet