Indre-et-Loire

Journée des droits des femmes : la 1ère préfète d’Indre-et-Loire se confie

Corinne Orzechowski évoque notamment la misogynie ambiante à laquelle elle a été confrontée durant sa carrière.

Pugnace mais jamais avare d’un bon mot, Corinne Orzechowski est la première femme à diriger la préfecture d’Indre-et-Loire. Arrivée fin 2017, elle se trouve par ailleurs entourée d’un cabinet quasi exclusivement féminin. Pour elle, cette journée du 8 mars s’annonce chargée : un déplacement chez ST Mircoelectronics pour parler de la politique salariale en faveur des femmes, un déjeuner avec des femmes fonctionnaires, un passage à l’action du Planning Familial en gare de Tours et une intervention devant le club des femmes de l’Association des Maires d’Indre-et-Loire.

Que représente pour vous cette journée des droits des femmes ?

C’est une journée pendant laquelle on peut mettre l’accent sur des problématiques particulières liées à la situation des femmes et mettre en avant des associations, des gens qui travaillent sur le droit des femmes au quotidien et pas seulement cette journée-là. C’est aussi l’occasion de mobiliser le grand public. Même si elle s’améliore, la situation des femmes est très en retrait de ce qu’elles peuvent attendre. On est dans un pays où l’égalité est inscrite dans la Constitution, c’est l’essence même de la démocratie et les femmes sont loin d’être égales aux hommes au travail, dans les relations aux autres… Elles ont encore du mal à trouver la place qu’elles doivent avoir.

Dans ce département, où en est-on ?

Le sujet est bien pris en main, néanmoins on est pas au bout de nos peines. Comme partout, le point noir c’est les violences faites aux femmes, avec les violences sexuelles qui augmentent vraisemblablement parce qu’elles sont aujourd’hui plus décriées qu’elles ne l’étaient. Et puis après c’est l’égalité professionnelle qui me parait importante. On a vu les choses bouger en politique avec des députées femmes en grand nombre mais on en est pas encore à l’égalité.

Quand vous êtes arrivée fin 2017, on a beaucoup insisté sur le fait que vous êtes la première préfète d’Indre-et-Loire…

Ce n’est pas si étonnant : il n’y a que 25% de femmes dans le corps préfectoral. Et comme c’est un métier d’autorité, où l’on prend des décisions, on n’a pas encore l’habitude de voir des femmes même si elles existent. Donc je revendique le fait de mettre ça en avant.

Dans votre carrière, vous avez souvent été « la première… » ?

Oui, j’étais la première femme sous-préfète dans plein d’endroits, la première directrice de cabinet dans beaucoup d’endroits. Ça n’a pas toujours été simple. Quand j’étais jeune sous-préfète et que j’avais une trentaine d’année, il m’arrivait de faire des réunions sur la sécurité avec que des hommes, qui en plus – pour la moitié d’entre eux – avaient le double de mon âge, c’était très compliqué car il fallait exister, avoir une autorité à la fois naturelle mais aussi de compétences à développer. Il y a des jours où vous fermez la porte de votre bureau et vous dîtes « est-ce que j’ai bien fait mon travail alors que l’on m’attendait au tournant ? » Tout cela a probablement renforcé ma détermination.

Comment avez-vous réussi à vous imposer ?

Il n’y a que le travail qui compte. Et puis ne jamais mélanger la séduction et la fonction. Jamais mélanger le privé et le professionnel. Pour une femme dans nos métiers c’est important parce que l’on peut jouer sur la séduction mais cela ne marche pas sur le long terme.

Vous avez vu une évolution importante ces 30 dernières années, ou seulement plus récemment ?

J’ai vu les choses évoluer tout au long de ma carrière. Dans mes deux derniers postes, j’ai eu chaque fois de jeunes directrices de cabinet. Et comme on sait que c’est le 1er poste ça veut dire que des filles qui sortent de l’ENA entrent aujourd’hui dans ce corps préfectoral. Et des filles plutôt brillantes, bien classées. Je vois aussi plus de femmes cheffes d’entreprises quand je travaille, je rencontre quelques commissaires femmes. Ici en Indre-et-Loire on a deux commandants de compagnies qui sont des femmes. Oui j’ai vu les choses bouger, doucement. Mais ça m’arrive encore de présider des réunions où je suis la seule femme. Dans ces moments-là je me rends compte qu’il reste encore beaucoup de travail par exemple pour convaincre des jeunes femmes qu’elles peuvent faire des métiers pas féminisés, très exigeants en terme de temps. Aujourd’hui on a des moyens, y compris dans nos relations avec nos compagnons, de partager le travail à la maison.

Les hommes autour de vous ont pris conscience de l’importance de la féminisation des postes de décisions ?

Pas tous, non. Je rencontre encore des hommes misogynes, qui préféreraient travailler avec des hommes. En général je dis un peu les choses avec humour, ça fait passer les messages de façon moins abrupte.