Indre-et-Loire

A10 à 3 voies vers Ste-Maure et Poitiers : ce qu’il faut retenir de l’enquête publique

Plus de 110 contributions ont été versées au dossier.

D’ici un an, l’A10 sera probablement en chantier entre Veigné et Ste-Maure-de-Touraine, un projet à plus de 200 millions d’euros pour améliorer le confort des plus de 30 000 conducteurs qui font ce trajet chaque jour (en moyenne). Du confort seulement, car il est assumé que ce plan n’évitera pas les gros bouchons les jours de départs en vacances.

Voir notre article détaillé sur les projets de Vinci et le résumé en chiffres sur 37 degrés

Dès l’élargissement à 2x3 voies de l’autoroute terminé entre Chambray et l’échangeur avec l’A85, Vinci devrait donc poursuivre sur sa lancée et faire la même chose sur 24km supplémentaires, avec même l’objectif d’aller jusqu’à Poitiers à terme, soit 93km de plus en 2x3 voies. Pour que les travaux puissent débuter, les préfectures de l’Indre-et-Loire et de la Vienne doivent les déclarer d’utilité publique. La procédure inclut un mois d’enquête ouverte à tous, cette dernière vient de se terminer et 110 contributions ont été versées au dossier rien que par mail… Voici ce que l’on peut y lire…

+60% de trafic d’ici 40 ans

L’association ACIL a sorti sa calculette… Selon elle, avec une prévision de hausse de trafic d’environ 1% par an, il y aura 36 700 véhicules quotidiens sur le tronçon dans 10 ans, 41 300 en 2038 et 52 400 en 2058, soit 61% de plus qu’aujourd’hui. Autant de risques de nuisances supplémentaires. Pour les éviter, l’association Agir A10 qui fédère les riverains du Sud Touraine a publié une vingtaine d’observations. Selon elle, les emprises de l’autoroute sont par exemple surdimensionnées à certains endroits, empiétant sans raison apparente sur des terres agricoles.

Les riverains veulent un goudron qui diminue le bruit

La structure se mobilise également pour réduire au maximum les inconvénients sonores, en réclamant 86km de murs antibruit (contre 17 envisagés) et en prime un revêtement atténuant les sons sur la route, comme il en existe déjà ailleurs (sur l’A6 par exemple). Selon elle le coût est plus élevé mais « raisonnable. » « Nous vous demandons de faire preuve de réalisme et de vous faire l’écho de la souffrance des riverains et de ses conséquences pour leur santé. Il y a un enjeu pour la santé, pour l’environnement et pour l’image de notre pays » demande un habitant de Ste-Maure-de-Touraine en s’adressant au responsable de l’enquête.

Le bruit est le sujet le plus abordé dans les différentes contributions. A ce sujet, Agir A10 affirme par exemple que le dossier initial présenté par Vinci comporte des « erreurs » de méthodologie réduisant le nombre de bâtiments à protéger, « cela aura un impact majeur sur la santé des riverains de l’A10 et sur la valeur des maisons. » Les villages de Vaux demandent aussi plus de protections contre le bruit, par exemple pour épargner des gites. A Villeperdue, un collectif estime que l’élargissement entraînera une hausse du bruit de 2 décibels car les camions roulant à droite de l’autoroute seront plus près des maisons qu’aujourd’hui.

Un pont en forme d’épée de Jeanne d’Arc pour la vallée de Courtineau ?

Autre sujet : dans la vallée de Courtineau, des habitants s’inquiètent de nouvelles nuisances après travaux. Des cavités souterraines situées à 80m de l’autoroute pourraient s’effondrer sous l’effet des vibrations déclenchées par les engins de chantier d’autant qu’elles sont déjà en mauvais état. Une protection des maisons troglodytiques est aussi réclamée ainsi que des garanties sur l’avenir du paysage, y compris par l’association qui organise chaque année un trail sur ce secteur. L’association botanique et mycologique de Ste-Maure se préoccupe elle de la préservation de plantes protégées. Et les pêcheurs ont des craintes pour l’habitat des « écrevisses à pattes blanches »

Des inquiétudes pour les plantes et les écrevisses

Toujours dans cette vallée de Courtineau, un viaduc doit être élargi, Agir A10 suggère la création d’un ouvrage remarquable, « une référence visuelle à l’épée de Jeanne d’Arc qui pourrait inciter les automobilistes à envisager un séjour en Chinonais. » Bref une sorte de « Viaduc de Millau » local pour éviter un pont qui soit vu comme une verrue dans ce site classé, une perspective soutenue par la députée du secteur Fabienne Colboc (LREM).

Pour lire tout le dossier, allez sur le site de la préfecture d'Indre-et-Loire

De son côté, la SEPANT est carrément hostile à l’élargissement, ne comprenant pas que l’on favorise la route alors même que l’ouverture de la LGV en juillet 2017 a libéré des créneaux pour le fret sur la ligne SNCF classique permettant selon elle d’envisager une réduction du trafic des camions sur l’autoroute. Elle dénonce en prime la perte de 40ha d’exploitations agricoles, et la destruction d’espaces naturels déplorant que « l’évitement des dommages ne parait pas avoir toujours été recherché en priorité. » Si le chantier se fait, elle demande par exemple des bases de travaux loin des sites à enjeu écologique ou la limitation des éclairages au niveau des péages et aires de service.

Olivier Collet