Indre-et-Loire

Déviation de Cormery : solution miracle ou fausse bonne idée ?

Cette nouvelle route est réclamée par de nombreux élus et habitués de la D943 qui relie Tours à Loches.

Depuis presque un an, le sujet de la D943 fait régulièrement la Une de l’actualité tourangelle. Tout a commencé après un accident mortel qui a encouragé les habitués de l’axe Tours-Loches à se mobiliser pour obtenir des travaux de sécurisation. Une levée de bouclier qui a payé…

Gérée par le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire, la 943 est la départementale la plus empruntée du département, plus encore que celle qui relie Tours à Chinon. 20 ans après avoir bénéficié d’un grand plan d’investissement, elle semble avoir bien besoin de nouveaux aménagements car elle fait peur. Un avis partagé par le président du département Jean-Gérard Paumier puisqu’il qualifie ce dossier de « prioritaire ».

Des travaux vers 2020-2022

Cela dit, il y a un hic : l’administration… Ainsi, il a fallu 8 mois entre les premières déclarations choc de Mr Paumier et le lancement de la concertation publique qui s’achève ce vendredi 15 décembre. Ce n’est pas tout : les travaux concrets ne sont pas prévus avant 2020-2022. Et même si il fait partie des impatients, le maire de Loches Marc Angenault (en photo ci-dessus) concède qu’« on ne peut pas raccourcir les procédures. » « Les riverains et les usagers trouvent que c’est trop long mais les élus savent bien que c’est ainsi » ajoute celui qui est aussi président de l’association SOS RD 943.

Globalement, l’élu soutient les démarches du département qui envisage un plan de 15 millions d’euros pour sécuriser la départementale… Un chantier avec deux étapes : la mise en place de créneaux de dépassements à deux voies et le réaménagement de plusieurs carrefours. Marc Angenault a tout de même une requête : selon lui, il serait possible d’aller plus vite pour les travaux aux carrefours qui ne nécessitent pas d’acquisitions foncières par le Conseil Départemental : « en deux ans, c’est envisageable on pourrait donc les faire en priorité et ensuite s’occuper des créneaux de dépassements. »

Une déviation à 36 millions d'euros

Mais le véritable enjeu est ailleurs : c’est la déviation de Cormery. La D943 traverse actuellement le bourg de la commune… Des milliers de véhicules par jour (on en compte entre 20 et 25 000 sur l’axe Tours-Cormery, 10 000 de Cormery à Loches) dont 11% de camions. Les riverains n’en peuvent plus mais ce dossier colossal reste au point mort : « en 2008, on avait proposé plusieurs variantes. L’une d’elles, qui passait vraiment au large de la ville, avait été retenue pour un budget estimé à 36 millions d’euros » se souvient Marc Angenault. Et depuis… rien. « On risque de ne jamais voir cette déviation et c’est grave car les nuisances sont terribles. Cormery en souffre. »

Si le maire de Loches plaide si fort pour cette déviation, c’est en particulier parce qu’il est poussé par les entreprises qui utilisent la D943 : « ce serait un atout économique pour le territoire. Il y a un besoin de raccourcir le temps de trajet entre Tours, Tauxigny, Reignac ou Loches. La déviation serait une solution car l’itinéraire bis par l’A85 a un coût économique plus important pour les professionnels. »

La région appelée à la rescousse

Mais alors qui est prêt à mettre 36 millions pour cette nouvelle route ? Pour l’instant, personne. Le seul (tout petit) espoir vient de la région : « on continue à demander le classement de la D943 en route d’intérêt régional, le président du conseil régional François Bonneau l’avait d’ailleurs promis. Il ne faudrait pas trop tarder pour s’inscrire dans le cadre du contrat de plan Etat-Région de 2020 » plaide Marc Angenault.

Sauf que la région le dit et le répète : sa priorité c’est plutôt le train, et elle pense à mettre 40 millions pour rénover la ligne SNCF Tours-Loches devenue obsolète… Le président de SOS RD 943 n’est pas plus convaincu que ça : « ça ne permettra pas de mettre plus de trains, juste d’améliorer le service avec un gain de temps et plus de régularité. On ferait donc mieux de mettre cet argent sur la déviation de Cormery. D’abord la route, et après le train… D’autant que je sens que cette somme va finir par aller sur le 2ème tram de Tours… Je crie au loup, mais je les connais… »

Les Verts contre-attaquent

On notera que le point de vue est loin de faire l’unanimité. Pour Philippe Geiger d’Europe Écologie Les Verts en Indre-et-Loire, la déviation de Cormery n’est pas une bonne solution : « améliorer la capacité des routes existantes se traduit toujours par une augmentation de la circulation des voitures et des camions ce qui est basiquement le contraire d'une politique qui vise à diminuer l'émission des gaz à effet de serre. La région Centre Val de Loire a choisi d'appliquer un politique résolument tournée vers la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. A ce titre, elle a le droit d'être considérée comme autre chose qu'un simple pourvoyeur de fonds destinés à alimenter les désirs de décideurs qui ont choisi pour leur part de mener une politique inverse. »

Persuadé que les travaux sur la ligne TER entraîneront une diminution du nombre de voitures entre Loches et Tours, le militant écologiste ajoute que « la question de la tranquillité des habitants de Cormery et de la sécurité routière sur la RD 943 reste entière mais ne peut pas être traitée par un simple transfert des nuisances sur un autre territoire à l'aide d'infrastructures crées à l'occasion. »

Olivier Collet

Les propositions de Sophie Auconie :

La députée (UDI) du Lochois s’est aussi emparée du dossier de la D93. Comme Marc Angenault, elle estime que la déviation de Cormery est indispensable. Elle plaide par ailleurs pour une signalisation renforcée afin d’inciter conductrices et conducteurs à se diriger vers l’A85, propose de mettre des radars aux entrées de Truyes et Cormery pour obliger les véhicules à ralentir, voire de limiter toute la zone à 30km/h.