Indre-et-Loire

Emmanuel Macron fait peur au président de région : « on est à l’os »

François Bonneau s’inquiète notamment des baisses de dotations et de la fin des emplois aidés.

Le président (socialiste) de la région Centre-Val de Loire est plutôt du genre posé. Il ne s’énerve pas, il fait des reproches en douceur. Un peu à la François Hollande... C’est subtil mais le message passe. A l’entendre commencer son commentaire des 100 premiers jours de la présidence d’Emmanuel Macron, on a presque l’impression que François Bonneau essaie de le ménager, « ce n’est pas le diable » glisse-t-il même à un moment : « je ne crois pas au mythe des 100 jours. On ne fait pas de réformes ambitieuses en si peu de temps » commente-t-il également.

Cela dit, en vrai, le chef de l’exécutif régional commence à avoir la moutarde qui lui monte au nez. « Aujourd’hui, la question c’est de savoir si on va vers un mouvement libéral ou social-démocrate. Les gens sont attentifs aux mesures qui pemettent un meilleur vivre-ensemble. » Des mesures qu’il ne voit pas trop venir : il observe que la situation de l’emploi semble s’améliorer mais le chômage ne recule pas et la baisse annoncée de 5€ des allocations logement est, selon lui, un mauvais signal en terme de pouvoir d’achat.

13 millions de moins dans le budget régional en 2018 ?

Ce n’est pas tout... A la tête de la plus petite région de métropole (hormis la Corse), François Bonneau craint d’avoir encore plus de difficultés à tenir son budget dans les années qui viennent : « on devient une région XXL avec de nouvelles compétences comme les transports. Il ne faudrait pas que ça se fasse avec un budget XXS. » Sauf que depuis le début de l’été, Paris a demandé un effort de 13 milliards d’euros aux collectivités locales. Rapporté à l’échelle de la région, cela ferait 13 millions de moins chaque année jusqu’en 2021, soit un peu plus d’1% du budget annuel.

François Bonneau veut bien faire un geste, mais il ne compte pas être le dindon de la farce : « sous Hollande, on a demandé 11 milliards d’économies aux collectivités locales. Elles en ont fait 9,5. Dans le même temps l’Etat devait en faire 18... Il en a réalisé 5. » « On est d’accord pour discuter mais là on est à l’os. » Un message que le président de région essaie de faire passer à chaque fois qu’il met le pied dans un ministère (il était avec Jean-Yves Le Drian aux affaires étrangères en début de semaine) en attendant de tout dire en face à face au premier ministre Edouard Philippe qu’il rencontrera lors d’un congrès à Orléans le 28 septembre.

220 emplois aidés menacés dans les lycées de la région

Autre gros sujet qui rend amère l’élu PS : la fin annoncée des contrats aidés. On en compte 15 000 dans la région dont 220 directement affectés aux lycées : « depuis 10 ans, les préfets les ont toujours reconduits. Là, si la mesure est confirmée, nous n’en aurons plus aucun en septembre 2018. Pourtant ils sont essentiels dans les cantines ou pour le nettoyage des locaux. Et nous n’avons pas les moyens d’embaucher 120 ou 130 personnes pour les remplacer. C’est un vaste plan social. De plus, la dimension sociale est aussi importante que l’aspect financier. Ce sont des jeunes qui reprennent confiance avec ces emplois. Pour d’autres, ça leur permet de repartir. Et il ne faudrait pas que les réformes soient payées par les plus fragiles. »

Des projets quand même...

Malgré ce qu’il voit comme de gros caillou dans sa chaussure, François Bonneau continue de tracer sa route, alors qu’il lui reste 4 ans de mandat. Il gère actuellement le lancement du réseau de bus régional Rémi (plus de 108 000 élèves à emmener en cours chaque jour, 200 000 voyageurs quotidiens en ajoutant les autres travailleurs et les passagers des TER), il travaille sur la promotion de l’apprentissage (avec l’objectif de dépasser les 20 000 apprentis bientôt. Sachant aussi que la région teste l’apprentissage jusqu’à 30 ans au lieu de 25). Enfin, avec sa majorité il planche sur les festivités qui seront organisées en 2019 pour les 500 ans de la mort de Leonard De Vinci et le début de la construction de Chambord. Des contacts se nouent déjà avec les Italiens.

Ce sont de grands projets, des points sur lesquels le pouvoir régional sera attendu au tournant. Et dans tous les cas il faudra trouver des financements pour assurer leur réussite. Alors François Bonneau fait une promesse : pas de hausse de la carte grise (dont la région gère le montant) car ici elle est déjà plus élevée que la moyenne. Par ailleurs, pas de recours massif à l’emprunt pour compenser les baisses de crédits. Il faudra donc trouver de nouvelles économies. Lesquelles ? Pour l’instant, rien de précisé...

Olivier Collet