Indre-et-Loire

L’Esca, le champignon qui ravage les vignes en Touraine

Un fléau alors que la campagne des vendanges s'apprête à débuter.

Après les dommages causés par le gel au printemps (et pour la deuxième année consécutive), c’est l’Esca qui assombrit la vie des viticulteurs en cette période de pré-vendanges. « 20 à 25% de la totalité des parcelles sont touchées, soit 1,5 ha sur les 8,5 ha de notre exploitation, témoigne Didier Avenet, viticulteur en AOC Montlouis-sur-Loire à Saint-Martin-Le-Beau ; dans certaines parcelles, 17% de pieds ont été touchés rien que sur 2017. »

Les ravages de ces maladies du bois ne sont pas nouvelles : depuis 15 ans déjà, le monde viticole s’inquiète de la prolifération de ces champignons qui déciment chaque année entre 5 et 8% des pieds de vigne.

L’Esca est le nom donné à la trentaine de ces champignons ; ils prolifèrent sur la vigne puis entraînent inévitablement le dessèchement du pied. Des solutions sont pratiquées par les vignerons de manière expérimentale mais aucune solution préventive n’a été trouvée à ce jour.

Les vignes les plus productives sont les plus impactées

On complante (remplacement par un nouveau pied), on regreffe ou bien on essaie d’enlever les champignons quand c’est possible : des interventions longues et coûteuses. Ces solutions ne permettent pas de retrouver une production qualitative immédiate, quand on sait qu’un pied de vigne ne donne du raisin qu’au bout de 3 à 5 ans.

« Les vignes qui ont entre 15 et 20 ans et qui devraient être les plus productives sont les plus impactées par ce phénomène avec des pertes pouvant atteindre 10% par parcelle. » assure Anastasia Rocque, conseillère viticole à la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire. « Pourquoi frappe-t-il nos vignobles de façon non expliquée et fulgurante ? On ne sait pas ».

Si les chercheurs italiens, espagnols et français se sont mis en ordre de marche depuis 15 ans pour lutter contre ce fléau à l’échelle européenne, ils n’ont rien trouvé. Et certains viticulteurs imaginent le pire. Le scénario du phylloxéra, un insecte qui a ravagé la moitié de la vigne française au début du 20ème siècle plane comme une ombre.

« C’est plus diffus avec les maladies du bois, le phylloxera attaquait systématiquement tous les pieds de vigne » rassure Anastasia Rocque. Toutefois, les changements climatiques aggravent la situation, cette année les aléas météo brutaux de l’été ont pu favoriser le développement des champignons et expliqueraient le volume particulièrement élevé des pertes.

Dorothée Briand