Indre-et-Loire

LEGISLATIVES : Labaronne ou Greff, qui soutient le ministre Bruno Le Maire ?

Un beau bazar de fin de campagne dans la région d’Amboise.

Vouloir avoir un gouvernement de droite et de gauche, ça crée forcément des cafouillages au début. La preuve en Indre-et-Loire. Un beau quiproquo comme on les aime ! On vous raconte tout…

Alors que la campagne officielle du 2ème tour des législatives s’achève ce vendredi soir à minuit, la députée sortante de la 2ème circonscription du département, l’élue LR-UDI Claude Greff qui est candidate à sa succession, a piqué une colère en découvrant un petit mot dans la profession de foi de son adversaire, Daniel Labaronne, le candidat de La République En Marche soutenu par Emmanuel Macron.

Le petit mot en question vient du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, un ancien de Les Républicains qui a migré vers le camp du chef de l’Etat. Bruno Le Maire, on le connait bien ici en Indre-et-Loire : il est venu soutenir Serge Babary pour son élection à la mairie de Tours en 2014, il est aussi venu quand il était candidat pour prendre la tête de son parti et quand il se présentait à la primaire de la présidentielle fin 2016. Un homme de droite pur jus finalement passé dans le camp Macron. Lui aussi candidat aux législatives dans l’Eure, il se doit d’être élu pour conserver son poste de ministre et s’est retrouvé avec une candidate de son ancien parti face à lui. Il n’est donc plus du tout en odeur de sainteté chez LR, mais si son nom peut encore servir, pourquoi pas ? La preuve aujourd’hui.

On en vient donc à cette histoire de petit mot. Dans sa profession de foi distribuée cette fin de semaine aux électeurs d’Amboise, Bléré, Château-Renault etc, Daniel Labaronne affiche un soutien écrit du ministre Bruno Le Maire « Au service de l’économie des territoires… bla bla bla… Je soutiens Daniel Labaronne ». Un mot sympa d’un membre du gouvernement pour aider un candidat en plus de la photo du président, rien de plus normal, d’autant qu’il y a aussi celui du président. Et comme Daniel Labaronne aime l’économie, on comprend qu’il ait demandé au ministre de l’économie de prendre la plume. Oui, mais.

En découvrant ce texte, l’adversaire de Daniel Labaronne s’est étranglée. Claude Greff connait bien Bruno Le Maire, ils étaient proches à l’Assemblée, ils sont amis (ce qui n’a pas empêché la députée tourangelle de soutenir Sarkozy au 1er tour de la primaire, mais bon, passons…). Du coup, hors de question de laisser le candidat LREM se pavaner avec un petit laïus du ministre, et tant pis si Les Républicains ne veulent plus entendre parler de lui.

Claude Greff a donc dégainé l’arme de fin de campagne : le communiqué de presse pour dénoncer un message de soutien « erroné » et préciser que Bruno Le Maire l’avait « formellement démenti ». Un communiqué accompagné d’un petit mot doux signé de BLM : « A l’Assemblée nationale et au gouvernement, Claude Greff a siégé sur les mêmes bancs que moi pendant plus de dix ans. Je n’oublie pas notre parcours commun. Je sais qu’elle partage mes convictions. » Ce n’est pas un appel au vote à proprement parler, mais c’est quand même un geste (le petit texte est à lire ci-dessous).

Sauf que du coup l’électeur n’y comprend plus rien. Il soutient qui le ministre Le Maire ? Labaronne ou Greff ? On a voulu poser la question à l’intéressé, on a eu son conseiller presse qui n’aime pas trop parler d’autre chose que d’économie mais qui nous a quand même répondu. Attention, c’est là qu’il faut bien suivre : en fait pour créer leur profession de foi, les candidats La République En Marche peuvent utiliser des petits textes à trous signés de la main de ministres (et sans doute écrits à leur place par de gentils conseillers). Tout ça pour donner du poids aux propos des personnalités locales. Ces dernières avaient même le choix du ministre : Hulot, Bayrou, Collomb, Le Drian et donc Le Maire. En 3 clics, c’est réglé, et prêt à envoyer à l’imprimeur.

« L’utilisation de ces mots est soumise à autorisation. Mais dans la 2ème circonscription, le candidat LREM l’a intégré à ses documents de campagne sans demander l’autorisation des équipes de Bruno Le Maire » nous dit-on officiellement du côté de Bercy. Et pourquoi ce choix ? « Par amitié pour Claude Greff qui est une amie personnelle du ministre. » « Ce n’est pas contre le candidat d’En Marche » assure encore le conseiller, en gros juste une question de fidélité pour ne pas froisser la vieille partenaire politique. C’est dit très clairement.

Sauf que Daniel Labaronne n’a pas du tout la même version : « au départ je voulais le soutien de Jean-Yves Le Drian (ministre des affaires étrangères, venu du PS, ndlr) mais il était en déplacement à l’étranger et ne pouvait pas valider. J’ai donc choisi Mr Le Maire étant donné que je suis prof d’économie. Cela a été validé par le QG d’En Marche qui me l’a reconfirmé aujourd’hui. » Nous avons contacté le mouvement qui nous confirme cette version, indiquant que les services du ministre ont bien eu connaissance de la démarche et l’ont approuvée.

Donc si on résume : En Marche confirme que Bruno Le Maire soutient Daniel Labaronne mais le conseiller presse de Bruno Le Maire nous dit que ce soutien n’a jamais été confirmé par le ministre ou ses équipes. « Faudrait se mettre d’accord. Il n’est peut-être pas habitué à soutenir des candidats qui ne viennent pas de la droite classique, mais dans ce cas il ne fallait pas accepter de proposer son soutien. Comme ça il n’aurait pas eu d’ennuis » tente d’expliquer Daniel Labaronne, qui semble à peu près aussi perdu que nous. « Ce ne sont pas des soutiens qui font des voix » tentait de son côté le conseiller du ministre au téléphone. Peut-être, mais alors pourquoi les proposer dans les professions de foi dans ce cas-là ? Cette affaire nous a pris une heure. De la pure politique. Au final, on se dit qu’en fait Bruno Le Maire n’a peut-être jamais été mis au courant d’à qui il donnait son soutien et a tenté de rectifier le tir comme il pouvait. Résultat : une cacophonie. Sur ce, fin de campagne. Bonne réflexion d’ici votre vote de dimanche !

Olivier COLLET