Chambray-lès-Tours

LEGISLATIVES : Marc Angenault candidat hier, aujourd’hui et demain

Le maire de Loches n’a aucun état d’âme à affronter la centriste Sophie Auconie sur sa circonscription du sud-Touraine. Fidèle, il se présente aussi comme LE candidat défendant le programme Fillon.

A droite, en ce moment, la doctrine c’est de maintenir sa candidature quoi qu’il arrive. Pour la présidentielle, François Fillon ne cède pas et ne renonce pas malgré sa probable mise en examen le 15 mars. Pour les législatives, le maire Les Républicains de Loches Marc Augenault ne cède pas et ne renonce pas malgré l’investiture officielle LR-UDI promise à la présidente de l’UDI37 Sophie Auconie.

L’élu, déjà en campagne depuis un bon moment, affirme avoir les soutiens de l’appareil local de son parti. Démarche étonnante et assez rare, il a même lancé une pétition pour soutenir sa candidature sur la circonscription de Loches, St Avertin, St-Pierre-des-Corps, Monts ou Bléré (actuellement détenue par Jean-Marie Beffara du PS, à la base suppléant de la ministre de la santé de François Hollande Marisol Touraine) qui se représente.

Le souci de Marc Angenault c’est donc qu’il se heurte aux instances nationales qui doivent faire en sorte de trouver des accords UDI-LR sur un certain nombre de circonscriptions pour le scrutin des 10 et 18 juin prochains. Et comme Sophie Auconie s’entend très bien avec le patron national de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, elle est dans le bon wagon.

Résultat : on a une candidate investie par la droite et le centre au niveau national mais que tout le monde ne voit pas comme légitime en local. Donc, techniquement, Sophie Auconie peut mettre les logos des deux partis sur ses affiches mais sans bénéficier du soutien actif de la machine politique tourangelle. Et en face, on a un candidat dissident qui aurait les faveurs des élus importants. Ubuesque. Ajoutez à cela que Marc Angenault soutient clairement François Fillon tandis que la patronne des centristes tourangeaux était dans le camp Juppé pendant la primaire et qu’elle ne fait pas activement la campagne présidentielle (sauf que le but des législatives, c’est quand même de défendre le programme de son candidat à l’Elysée). Si avec ça les électeurs arrivent à s’y retrouver ! 

Cette affaire, ça sent la triangulaire (et Marc Angenault le sait bien). Du coup, il fait campagne contre Sophie Auconie (ancienne députée européenne et élue au conseil municipal de Tours). Son crédo : sa notoriété et sa fidélité au territoire. « Sophie Auconie a une volonté de retrouver un mandat important. N’étant pas en odeur de sainteté sur Tours, elle pensait se refaire une virginité ici. Mais jusqu’à maintenant, il ne m’a pas vraiment semblé qu’elle avait un ancrage historique sur cette circonscription alors que moi je suis présent depuis 25 ans. Elle, ça ne fait que quelques mois qu’elle fait le tour des popotes. Elle a besoin de se rattraper. » Et d’ajouter : « je suis un compétiteur dans l’âme, plus c’est difficile, plus ça me plait. »

Mais au fait, vu l’affaire Fillon et son ampleur, partir tout seul ne serait-il pas finalement un avantage pour éviter d’avoir trop à se justifier sur les marchés ? Ce n’est pas totalement exclu, mais Marc Angenault ne lâche pas son candidat : « il n’y a qu’un seul homme, c’est François Fillon. Dans ce dossier on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de doute mais on a dépassé le stade de l’émotion. Désormais les gens ont une certaine forme de lucidité face à la situation » prétend-il, sans qu’on soit totalement obligé de le croire à 100%.

Si Sophie Auconie fait un peu figure de parachutée (même si elle s’en défend), le handicap de Marc Angenault, c’est qu’il cumule. En cas d’élection au Palais Bourbon, il devra quitter son fauteuil de maire et celui de 1er vice-président de la Communauté de Communes Loches-Sud Touraine. « C’est la seule chose qui me contrarie… » dit-il. Première adjointe à Loches, Valérie Gervès est déjà pré-désignée pour lui succéder. Mais pourquoi abandonner si tôt ses mandats alors qu’il y a tout à faire encore à Loches pendant 3 ans et que la récente création du Grand Lochois donne un beau défi à relever : « la France est dans une telle situation que c’est encore plus fort de s’engager aujourd’hui » estime le candidat à la députation qui collait déjà des affiches pour Pompidou à 8 ans.

Son ambition : intégrer la commission des finances de l’Assemblée Nationale, « il faudrait réduire les dépenses et commencer par la masse salariale. Y compris dans nos collectivités locales mais en permettant aux élus une certaine liberté. Il faut par exemple remplacer certains départs en retraite à des postes clés. » Donc ce qu’il prône c’est « un désarmement du carcan de la fonction publique. » En clair : « il faut pouvoir licencier des fonctionnaires », pour lui c’est une question d’adaptation au monde moderne. « Les gens demandent à être reconnus, pas privilégiés. » Marc Angenault est en parallèle un vif défenseur de la déréglementation : « il faut plus de souplesse, c’est grâce à cela que ça marche dans les pays anglo-saxons. Nous sommes dans un pays inhibé, donc sclérose. »

Potentiel représentant national d’une circonscription très agricole, voici la vision du maire de Loches sur cette question : « l’augmentation des prix, vous ne l’aurez pas. Donc ce qu’il faut c’est défendre et protéger nos agriculteurs en établissant un autre système de Politique Agricole Commune. Et en même temps que vous protégez, vous favorisez les circuits les plus courts possibles. Cela dit, ce ne sera pas suffisant pour nourrir la masse. »

Des propos que certains travailleurs de la terre, qui à longueur de temps assènent comme priorité la remotée des prix, pourraient avoir du mal à entendre. Ca aussi, Marc Angenault ne le nie pas : « mais il ne faut pas avoir un programme trop idéaliste sinon le peuple ne suivra pas. Peut-être que François Fillon n’est pas le candidat le plus enthousiastte, mais son défi c’est de faire adhérer les Français à un vrai programme de redressement du pays. »

Un programme qu’il va aussi aller falloir expliquer à une population qui semble de plus en plus tentée par le vote extrême : « le FN fait un carton parce que l’on n'est pas capable de dire que l’on est attaché à nos traditions, à notre identité culturelle. Mais ce n’est pas pour autant que l’on rejette les apports extérieurs. Je ne crois pas qu’il y ait un problème de rejet de l’autre, pas chez-nous. Le problème c’est la crainte de l’avenir, de perdre nos traditions et nos coutumes. Mais, en caricaturant, ce n’est pas parce que l’on est Tourangeaux, de la campagne et que l’on aime Mireille Mathieu... ou Johnny Hallyday que l’on est à jeter aux orties ! »

Olivier COLLET